L'ouvrage coup de cœur de février : Le Voyage de Magellan par Antonio Pigafetta

Le Qatar et son audacieuse politique étrangère

Le Qatar est-il vraiment l'architecte de la paix mondiale qu'il prétend être ou seulement un stratège opportuniste ?
Le Qatar signe un accord historique avec l'OCDE pour renforcer ses conventions fiscales - OECD/Andrew Wheeler | CC BY-NC-SA 4.0 Deed
Le Qatar signe un accord historique avec l’OCDE pour renforcer ses conventions fiscales – OECD/Andrew Wheeler | CC BY-NC-SA 4.0 Deed

Que ce soit avec l’organisation de la Coupe du monde de football en novembre 2022 ou avec celle de la COP 28 en novembre 2023, le Qatar a clairement franchi un cap en matière de politique étrangère.

Un statut international qui a de quoi surprendre, puisque la géographie modeste de ce petit émirat de 11 571 kilomètres carrés lui est clairement défavorable en matière d’influence, ne serait-ce que dans le Golfe persique où le pays est coincé entre les deux mastodontes que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Malgré cet obstacle de taille, le Qatar a réussi à opérer une rupture percutante dans les dynamiques internationales, grâce à une politique étrangère aussi détonante que controversée.

Entre initiatives audacieuses, alliances surprenantes et investissements stratégiques, le Qatar est clairement devenu une voix incontournable dans le concert des nations, qui a réussi à s’imposer dans le vacarme ambiant d’un monde multipolaire. Mais l’émirat est-il vraiment l’architecte de la paix mondiale qu’il prétend être ou seulement un stratège opportuniste ?

Pour le déterminer, zoom sur le destin intrigant de ce pays hors du commun, et plus particulièrement sur les motivations profondes qui sous-tendent la diplomatie qatarie.

La transformation du Qatar pour devenir puissance internationale

Ce qui caractérise le mieux le Qatar aujourd’hui est sans aucun doute sa modernité, d’autant plus marquante que le pays est au plein cœur d’un monde arabe très attaché à la tradition. Retour sur la transformation majeure d’un pays ayant connu une véritable révolution économique, sociale et politique.

Des débuts tumultueux (1971-1995)

Les années 1960 furent marquées par une vague mondiale de décolonisation. Le Royaume-Uni n’a évidemment pas fait exception, et manifesté dès 1968 son envie de mettre fin à ses protectorats dans le Golfe Persique, qui concernaient alors le Bahreïn, les Emirats arabes unis et le Qatar.

Si Londres soutenait alors la création d’une fédération entre ces trois nations, ce n’était clairement pas le souhait des principaux concernés, à commencer par le Qatar, qui s’était prémuni d’une Constitution provisoire le 2 avril 1970 pour assouvir des désirs de souveraineté qui n’ont été réellement comblés que le 3 septembre 1971, date de l’indépendance officielle du Qatar.

Mais indépendance politique n’a pas rimé longtemps avec stabilité. En effet, le 22 février 1972, le Premier ministre Khalifa ben Hamad Al Thani décide de prendre le pouvoir par un coup d’Etat, destituant ainsi son cousin de sa fonction d’émir.

Toutefois, l’arrivée au pouvoir de Khalifa ben Hamad al Thani n’a pas permis au Qatar d’accroître réellement la puissance nationale sur la scène régionale. En effet, malgré l’indépendance, Doha est restée jusqu’en 1981 sous l’influence du Royaume-Uni, avant de se réfugier derrière l’Arabie Saoudite à l’occasion de la création du Conseil de coopération du Golfe.

La politique étrangère du Qatar était alors inexistante, car ce petit pays peinait à affirmer sa puissance par les moyens traditionnels en raison d’une situation géographique ingrate. L’aridité de ses terres le condamnait notamment à importer une très grande majorité de sa nourriture, tandis que son armée était à l’image de sa petite taille, c’est-à-dire insignifiante dans un Golfe persique dominé par les géants que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Le Qatar était ainsi contraint d’adopter une politique attentiste, suiveuse notamment de celle de l’Arabie Saoudite, faute d’avoir la puissance nécessaire pour exister par lui-même à l’international.

Une révolution économique et politique (1995-2013)

Il faut attendre le 27 juin 1995 pour qu’une révolution politique ait lieu au Qatar. En effet, Hamad ben Khalifa Al Thani, fils de Khalifa ben Hamad Al Thani, décide de destituer à cette date son père par un coup d’Etat, car ce dernier refusait de moderniser et de développer économiquement le pays par respect des traditions.

Lorsque Hamad ben Khalifa Al Thani arrive au pouvoir, il a ainsi le désir de marquer une rupture radicale avec la politique stagnante de son père, afin que le Qatar puisse devenir une réelle puissance régionale dans un Golfe persique de plus en plus concurrentiel. Mais comment faire gagner en pouvoir un petit pays quand il ne peut pas bénéficier des sources traditionnelles de puissance ?

Jusqu’au milieu des années 1990, le Qatar s’appuyait principalement sur le pétrole pour gagner en autonomie financière et politique. Une stratégie en vigueur depuis les années 1950 qui avait fait ses preuves, mais qui a toutefois montré ses limites avec la crise pétrolière mondiale des années 1980.

Si l’économie qatarie avait alors été fortement impactée, c’est parce que Khalifa ben Hamad Al Thani avait décidé de rester focalisé sur le pétrole, délaissant ainsi le gaz naturel, alors que le pays disposait depuis 1971 du gisement offshore North Dome, qui n’est ni plus ni moins que le plus grand gisement de gaz naturel du monde.

Alors que son père avait décidé de reléguer le développement de ce dernier au second plan, Hamad ben Khalifa Al Thani a quant à lui fait en sorte d’accélérer le processus, pour faire tourner l’économie nationale autour des exportations gazières.

Un pari gagnant, puisque le PIB du Qatar est passé de 8,1 milliards de dollars en 1995 à 44,5 milliards en 2005. Suite à la création d’un fonds d’investissement souverain cette même année, la croissance économique du pays a ensuite poursuivi son ascension folle, permettant au Qatar de devenir en 2021 la 57ème puissance mondiale grâce à un PIB de 180 milliards de dollars.

Pour développer de manière ambitieuse les activités gazières, et plus globalement le secteur de l’énergie, Hamad ben Khalifa Al Thani a également engagé dans les années 1990 une politique très favorable à l’immigration.

Beaucoup de travailleurs asiatiques, notamment en provenance du Népal et des Philippines, ont en effet été séduits par les bonnes opportunités d’emploi proposées par le Qatar, qui leur permettaient de gagner convenablement leur vie et de subvenir à leurs besoins familiaux. La situation est d’ailleurs telle que 95% de la main d’œuvre du Qatar est aujourd’hui d’origine étrangère. A contrario, nombre de riches individus sont aussi venus s’installer dans le paradis fiscal qu’est le Qatar, faisant du pays une destination attirante pour tous les individus, peu importe leur situation économique.

Enfin, c’est sous le règne de Hamad ben Khalifa Al Thani qu’a été créé en 1996 Al-Jazeera. Appartenant à l’Etat qatari, cette chaîne de télévision s’est tout de suite démarquée dans le monde arabe grâce à sa liberté de ton et à son pluralisme d’opinion. De part ses valeurs contrastantes avec le paysage audiovisuel arabe traditionnel, Al-Jazeera a ainsi rapidement eu du succès à l’international au début des années 2000 grâce à sa bonne couverture des conflits en Palestine, en Afghanistan et en Irak.

L’influence de Hamad ben Khalifa Al Thani sur le Qatar a donc été immense, et son fils, actuellement à la tête de l’émirat, s’efforce aujourd’hui de capitaliser sur cet héritage et de le développer davantage.

Le président de la République de l’Équateur, Rafael Correa, et le ministre des Affaires étrangères de l’Équateur, Ricardo Patiño, ont reçu le 16 février 2013 l’émir du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al-Thani, en visite officielle au palais du Carondelet, où plusieurs accords bilatéraux ont été signés – Cancillería Ecuador [pseudo Wikipedia] | CC BY-SA 4.0 Deed

Une modernité à l’épreuve des défis sociaux (2013-)

C’est en 2013 que Hamad ben Khalifa Al Thani a choisi d’abdiquer au profit de son fils Tamim ben Hamad al Thani.

A la tête du Qatar, ce dernier continue de moderniser économiquement le pays, tout en le faisant progresser sur le volet social. Doha peut ainsi se vanter d’avoir le taux d’emploi féminin le plus élevé des pays arabes, avec 50%, dont 35% pour les seules femmes qatariennes. Les progrès se voient aussi dans le domaine politique, où trois femmes ont été nommées en 2021 par l’émir pour siéger au sein du Conseil consultatif.

Des améliorations sont aussi constatables sur les conditions de travail et les droits des travailleurs migrants, avec l’abolition officielle en 2020 de la kafala, forme d’esclavage moderne qui rend le travailleur dépendant de son employeur.

Toutefois, le coup de projecteur mis sur le Qatar a l’occasion de l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022 a montré à quel point le pays est loin d’être aussi développé socialement que les puissances internationales. La kafala est ainsi officieusement toujours en vigueur dans le pays, tandis que les femmes qataries sont toujours soumises à un système de tutelle masculine, qui les rend dépendantes pour voyager, s’inscrire à l’université ou encore divorcer. Les restrictions en matière de liberté de la presse et la légalité de la peine de mort finissent de souligner les limites d’un pays qui va devoir faire de monumentaux efforts sur le volet social pour devenir la puissance internationale qu’elle rêve d’être.

Le réseau planétaire du Qatar

En dépit de sa taille modeste, le Qatar a réussi au fil des années à tisser un réseau complexe de relations diplomatiques, économiques et culturelles qui s’étendent bien au-delà de ses frontières. Parfaitement ancré dans les alliances stratégiques et les affaires internationales, le pays est désormais un acteur incontournable sur la scène mondiale, bien qu’il ne se soit pas fait que des amis pour y parvenir…

Des relations complexes avec le monde arabe entre ambitions et tensions régionales

Les relations qu’entretient aujourd’hui le Qatar avec les pays arabes sont complexes et plutôt tendues. Il faut dire que la rupture qu’a provoqué Hamad ben Khalifa Al Thani avec la politique attentiste de son père au milieu des années 1990 a sérieusement bousculé l’équilibre des puissances dans le monde arabe, faisant naître nombre de ressentiments envers le Qatar.

Le pays s’est notamment attiré les foudres de l’Arabie Saoudite, qui n’a pas digéré le désir qatari d’avoir une politique étrangère indépendante de la sienne. Une colère noire à laquelle s’ajoute aussi de la peur, car Riyad voyait son leadership menacé dans le Golfe Persique, dû au fait que le Qatar est comme lui un pays de confession sunnite, qui marche donc sur ses plate-bandes en termes d’influence.

La fureur était en tout cas telle que Riyad a soutenu deux tentatives de coup d’Etat contre le Qatar en 1996 et 2002, et rompu toutes ses relations diplomatiques avec Doha entre 2002 et 2008.

Mais le coup de pression saoudien est loin d’avoir mis fin aux ambitions régionales du Qatar, en témoigne l’épisode des Printemps arabes en 2011. En effet, Doha a joué cette année-là un rôle majeur dans la révolution libyenne visant à renverser le dictateur Mouammar Kadhafi. Entre soutien financier et militaire aux révolutionnaires libyens, aide à la communication via Al-Jazeera ou encore reconnaissance rapide du Conseil national de transition comme gouvernement officiel, le Qatar a montré qu’il pouvait avoir une place cruciale dans un conflit aux retombées internationales.

Toutefois, les positions défendues par Doha lors des Printemps arabes ont à cette époque surtout eu tendance à faire peur à l’échelle régionale. Là où des pays comme l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis avaient surtout tendance à soutenir les régimes en place pour éviter d’être victimes d’une révolution nationale, le Qatar avait en effet quant à lui plutôt tendance à encourager les révoltes dans un esprit libéral, menaçant ainsi la stabilité régionale. Le financement de mouvements liés aux Frères musulmans, considérés comme organisation terroriste par Riyad et Abu Dhabi, a fini de placer le Qatar comme ennemi numéro un pour ces pays.

Les tensions ont fini par devenir si fortes que le Bahreïn, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite se sont unis en 2017 contre le Qatar, déclenchant ainsi une crise régionale dans le Golfe Persique. Concrètement, ces quatre pays avaient décidé de fermer leurs frontières avec le Qatar et de mettre fin à toutes leurs relations diplomatiques avec Doha jusqu’à ce que l’émirat accepte de se soumettre à leurs conditions, parmi lesquelles la disparition d’Al-Jazeera, le fin du soutien aux organisations qu’ils jugeaient terroristes (Frères musulmans, Hamas…) et la limitation des relations diplomatiques avec l’Iran.

Mais ce nouveau coup de pression est loin d’avoir eu l’effet escompté, puisque le Qatar a profité de cet isolement régional pour renforcer ses relations avec l’Occident et l’Iran, et se montrer davantage sur la scène internationale. La montée des prix des hydrocarbures et la levée des restrictions liées à la pandémie mondiale sont quant à elles venues lutter efficacement contre le blocus économique imposé par le Bahreïn, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, si bien que ces pays y ont finalement mis un terme au début de l’année 2021.

Peu apprécié, le Qatar est malgré tout plutôt bien intégré dans le monde arabe, en témoigne son statut de membre de l’Organisation de la coopération islamique, du Conseil de coopération du Golfe, du Conseil de l’unité économique arabe ou encore de la Ligue Arabe. En véritable électron libre, Doha suscite toutefois encore beaucoup de méfiance chez ses pairs, notamment en ce qui concerne ses relations avec l’Occident…

Des alliances stratégiques avec l’Occident teintées d’ambitions internationales

Pour devenir une puissance internationale, le Qatar n’ignore pas qu’il lui faut renforcer ses relations avec le reste du monde, et notamment avec l’Occident.

Un défi sur le papier de taille, parce que les valeurs libérales occidentales sont très différentes des valeurs libérales qataries. Le soutien qu’apporte le Qatar aux Frères musulmans, aux rebelles syriens, à l’Iran ou encore au Hamas est aussi très embarrassant pour les Occidentaux sur le plan des moeurs.

Mais malgré ces obstacles, le Qatar dispose actuellement d’un allié de taille dans l’Occident, à savoir les États-Unis. Doha et Washington entretiennent en effet une collaboration solide en matière de défense et de sécurité, scellée en 1992 par un accord de coopération.

Lorsque l’accord a été signé, la relation entre les États-Unis et le Qatar était fortement disproportionnée. A l’époque, l’émirat était de fait très faible sur la scène régionale, et avait particulièrement peur d’être envahie par une Arabie Saoudite en pleine montée de puissance, de la même façon que le Koweït avait été envahi par l’Irak en 1990. Se réfugier auprès des États-Unis était ainsi une manière d’assurer la pérennité d’un émirat victime de son inoffensivité.

Mais avec l’arrivée de Hamad ben Khalifa Al Thani au pouvoir, le Qatar a pris davantage confiance en son potentiel géopolitique, ce qui lui a permis d’arrêter de subir sa relation avec les États-Unis. C’est ainsi qu’a été construite en 1996 sur le sol qatari pour un milliard de dollars la base militaire américaine d’Al Udeid, qui n’est ni plus ni moins que la plus grande du Moyen-Orient.

Al Udeid a vraiment montré son utilité avec les événements géopolitiques du début des années 2000 au Moyen-Orient. Fortement sollicitée durant la guerre d’Afghanistan et la guerre d’Irak, cette base militaire est d’autant plus incontournable stratégiquement qu’elle sert actuellement de centre de coordination des frappes contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Vue aérienne de la ville d’opérations de la base aérienne d’Al Udeid, dans la province d’Al Rayyan, au Qatar, prise depuis un KC-135 Stratotanker de l’US Air Force (USAF) pendant l’opération IRAQI FREEDOM – Archives nationales des États-Unis | Domaine Public

Le Qatar a donc su se rendre indispensable pour les États-Unis sur l’échiquier mondial, en partie aussi grâce à son positionnement géographique entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui n’avait pourtant au départ rien d’une force.

En plus de ses bonnes relations avec les États-Unis, le Qatar a su ces dernières années se faire bien voir d’autres grandes puissances occidentales, comme la France ou la Grande-Bretagne. Si les désaccords pullulent sur les questions sociales notamment, le Qatar dispose toutefois d’un argument de taille pour faire plier les puissances les plus réfractaires : l’argent.

Disposant entre autres d’un fonds d’investissement souverain de 335 milliards de dollars, Doha n’a plus à prouver au reste du monde sa richesse, qui lui permet de pouvoir acheter la morale des pays qui ne sont pas nécessairement sur la même longueur d’onde qu’elle. Difficile par exemple pour la France de se plaindre des investissements qataris dans le club de football du Paris Saint-Germain, ou d’être à 80% le fournisseur d’équipement militaire du Qatar, surtout quand on sait que ce dernier a versé 6.3 milliards d’euros pour acheter 24 avions de combat Rafale en 2015.

En 2017, 40 milliards de livres avaient d’ailleurs aussi été investis par l’émirat au Royaume-Uni, ce qui est assez cocasse quand on se rappelle que Doha était encore sous influence britannique au début des années 1980…

Cette influence en Occident lui offre donc un bouclier dans le Golfe Persique, rendu d’autant plus solide par sa récente prise d’importance dans les médiations internationales.

Une excellente maîtrise des médiations internationales

Si le Qatar est autant sur le devant de la scène, c’est surtout grâce au nombre de médiations internationales qu’il arrive à mener. Acteur intéressé par la sérénité et la paix à long terme, le pays a réussi à décalquer son propre besoin sécuritaire pour le mettre aux profit de belligérants aveuglés par la colère, ce qui le rend très précieux dans un monde manquant cruellement d’empathie.

Là où les divergences religieuses ont souvent tendance à complexifier les discussions pour la paix, le Qatar réussit d’ailleurs l’exploit d’imposer un pragmatisme sur le sujet, possible grâce au fait qu’il se sert de l’islam comme d’un instrument politique plutôt que idéologique.

Les médiations sont autant un outil défensif que offensif pour le Qatar. Elles lui permettent d’une part de promouvoir la stabilité régionale en prévenant le Golfe Persique de conflits qui pourraient le déstabiliser, tout en lui permettant de gagner en réputation et en puissance internationale.

Son excellente santé économique, en témoigne un excédent commercial de 98 milliards de dollars en 2022, renforce quant à elle l’image fiable et neutre d’un émirat difficile à corrompre, préférant faciliter le dialogue plutôt que de prendre parti.

Si le Qatar est considéré comme un pays neutre, c’est parce que ce dernier entretient de bonnes relations sécuritaires et / ou économiques avec un grand nombre de nations, dont certaines fondamentalement opposées entre elles depuis des décennies comme les États-Unis et l’Iran ou Israël et la Palestine.

Cette neutralité a notamment été déterminante pour mettre fin à la guerre d’Afghanistan en 2021. Là où est le dialogue semblait impossible entre Washington et les talibans, Doha a réussi à tirer profit de ses bonnes relations avec les deux pour multiplier les discussions internationales entre les deux belligérants et parvenir à la signature d’un traité de paix le 29 février 2020. Après la prise de Kaboul par les talibans le 15 août 2021, le Qatar a ensuite participé activement à l’évacuation des ressortissants étrangers, lui permettant de se faire une ultime fois bien voir dans un conflit où il est paradoxalement le seul à être ressorti gagnant.

Au-delà de l’Afghanistan, le Qatar a aussi réalisé une multitude d’autres médiations internationales. L’une a permis en 2008 de mettre fin au Liban à une crise de 18 mois liée à une invasion du Hezbollah, une autre a permis en 2009 la négociation d’un cessez-le-feu temporaire entre le Tchad et le Soudan, tandis qu’un accord temporaire entre le gouvernement soudanais et le groupe rebelle le plus important du Darfour avait aussi été conclu en 2010. Si ces médiations ont eu des succès relatifs, il n’empêche que la complexité de ces dossiers a permis au Qatar d’accroître sa réputation internationale, ce qui était son objectif initial.

Plus récemment, le Qatar a réussi en octobre 2023 à rapatrier de Russie six enfants ukrainiens qui avait été emmenés par Moscou après l’invasion de l’Ukraine, tandis que novembre 2023 fut l’occasion pour lui d’obtenir une « pause humanitaire » dans le conflit israélo-palestinien. Deux victoires qui viennent couronner de succès la politique étrangère du Qatar, qui, à défaut d’être morale, a au moins le mérite d’être efficace…

Quelques liens et sources utiles :

Jonathan Piron, Qatar, le pays des possédants : Du désert à la Coupe du Monde, LUC PIRE, 2022

Mehdi Lazar, Le Qatar aujourd’hui, la singulière trajectoire d’un riche émirat, Éditions Michalon, 2013

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