L'ouvrage coup de cœur de février : Le Voyage de Magellan par Antonio Pigafetta

Attu, la bataille insulaire oubliée

La bataille d'Attu est l'une des batailles les plus méconnues de la Seconde Guerre mondiale, et l’une des seules batailles de ce conflit au sein des frontières terrestres états-uniennes. Elle a eu lieu sur l'île d'Attu, la plus occidentale des îles Aléoutiennes, en Alaska, entre le 11 mai et le 30 mai 1943.
Soldats de l'US Army dans les montagnes de l'île d'Attu - Australian War Memorial | Domaine public
Soldats de l’US Army dans les montagnes de l’île d’Attu – Australian War Memorial | Domaine public

La bataille d’Attu est l’une des batailles les plus méconnues de la Seconde Guerre mondiale, et l’une des seules batailles de ce conflit au sein des frontières terrestres états-uniennes. Elle a eu lieu sur l’île d’Attu, la plus occidentale des îles Aléoutiennes, en Alaska, entre le 11 mai et le 30 mai 1943.

Cette bataille a opposé les forces armées américaines à l’armée impériale japonaise. L’île d’Attu était d’une importance stratégique pour les Japonais car elle se trouvait sur le chemin de leur expansion vers l’Amérique du Nord. Elle marque la fin de l’inviolabilité terrestre des Etats-Unis sur leur sol.

La bataille d’Attu, un combat à un contre cinq

Les forces américaines, sous le commandement du général de brigade Albert E. Brown, ont affronté les soldats de l’armée impériale japonaise dirigés par le colonel Yasuyo Yamasaki. Les Japonais avaient pris le contrôle de l’île en 1942, la transformant en une forteresse bien défendue avec des tranchées, des grottes et des tunnels, typiques de la stratégie militaire japonaise en vigueur dans le Pacifique. Les soldats américains ont dû faire face à des positions japonaises solidement fortifiées pour reprendre leur territoire, et à une topographie montagneuse ardue, ajoutant un défi considérable aux opérations militaires.

La tactique japonaise était marquée par la défense farouche et la détermination de ne pas se rendre. Les combattants japonais, plutôt que de se constituer prisonniers, ont souvent choisi de se battre jusqu’à la mort, ajoutant une dimension psychologique très importante aux batailles contre les Japonais. Cette stratégie a conduit à des combats au corps-à-corps brutaux et intenses, sans merci pour chaque centimètre de terrain de cette île de 1 792 km2.

Carte de l'île d'Attu - U.S. Army | Domaine public
Carte de l’île d’Attu – U.S. Army | Domaine public

Après avoir été repoussées dans une poche sur le littoral de l’île, les troupes de Yamasaki tentèrent une contre-offensive suicide qui marqua la fin de la bataille. Attu fut le seul combat terrestre de cette campagne des Aléoutiennes. Peu de temps après, les Japonais évacuèrent de la deuxième île contrôlée, celle de Kiska.

Les pertes humaines ont été lourdes des deux côtés. Par l’idéologie militaire japonaise susmentionnée, la quasi-totalité des 2 900 soldats impériaux est tuée, ne laissant que quelques dizaines de prisonniers. Les Américains quant à eux ont subi des pertes d’environ 550 morts et un millier de blessés sur les 15 000 engagés au combat, en raison des tactiques de guérilla utilisées par les Japonais. Les conditions météorologiques difficiles ont également contribué aux pertes en vie humaine.

L’assaut de l’île d’Attu fut la troisième opération amphibie américaine, impliquant côté américain la flotte amphibie de l’alors contre-amiral Thomas C. Kinkaid – commandant de la Force du Pacifique Nord -, ainsi que trois escadrilles de l’armée canadienne en soutien, composées de deux chasseurs-bombardiers et d’un avion de reconnaissance. 

Les Japonais, bien qu’étant en infériorité numérique et en approvisionnement limité, ont utilisé leurs positions fortifiées et leur connaissance du terrain pour tenter de contenir les forces américaines.

La complexité stratégique et opérative d’un tel assaut

En plus d’être frappé par le climat polaire et la distance, l’Alaska demeurait complexe par sa place dans l’organisation militaire. Les rapports de commandement dans le Pacifique Nord étaient déjà très compliqués. 

Les forces navales dépendaient du Commandement de la Frontière maritime du Nord-Ouest du vice-amiral Fletcher. Les troupes de l’Alaska, y compris la 11e Air Force du brigadier général Butler, étaient commandées par le major-général Buckner qui dépendait du Commandement de Défense Ouest, exercé par le lieutenant-général John DeWitt. Parmi la pluralité de ces acteurs, le commandement de la Force du Pacifique Nord dirigé par le contre-amiral Thomas C. Kinkaid avait la responsabilité de la coordination de ces forces et de reprendre les îles de l’archipel des Aléoutiennes capturées par les Japonais.

Il dut trouver des compromis entre les différentes armes et les différentes hautes autorités, particulièrement auprès du contre-amiral Rockwell, commandant de la Force Amphibie de la Flotte du Pacifique, qui resta dans un premier temps freiné par la difficulté d’une opération amphibie dans un tel milieu, notamment si l’île de Kisake – abordée dans un premier temps – était choisie pour le débarquement. Le contre-amiral Kinkaid a décidé de contourner Kiska pour débarquer à Attu, visiblement moins défendue. Pour obtenir un meilleur échelon opératif, il décida de déplacer son QG à Adak auprès de ceux de Buckner et Butler, tandis que Rockwell resta à San Diego. La réussite de cette opération tient donc en grande partie de cette volonté d’unifier la reprise des Aléoutiennes dès les étapes stratégiques et opératives. Mais au niveau opératif, les combats furent bien plus ardus.

L’île d’Attu, un ennemi opératif implacable

La bataille d’Attu a également été largement influencée par des conditions météorologiques extrêmes et un terrain particulièrement difficile. L’île d’Attu était soumise à un climat particulièrement rude et inhospitalier, complexifiant davantage les opérations militaires dans ce milieu.

Le climat des Aléoutiennes était caractérisé par des températures froides, des vents violents, de la pluie, de la neige et du brouillard persistants. Le brouillard était souvent épais et omniprésent, réduisant la visibilité à quelques mètres seulement. Les températures étaient souvent bien en dessous de zéro, ajoutant une dimension de froid intense et pénétrant qui affectait les soldats, rendant les conditions de vie, de débarquement, de surveillance et de combat extrêmement difficiles.

Soldats de l'armée impériale japonaise sur l'île d'Attu - USMC Archives | Creative Commons Attribution 2.0 Generic
Soldats de l’armée impériale japonaise sur l’île d’Attu – USMC Archives | Creative Commons Attribution 2.0 Generic

Le terrain lui-même était un défi majeur pour les troupes engagées dans la bataille. L’île était montagneuse, accidentée et parsemée de marécages. Les combattants devaient avancer à travers des pentes abruptes, des ravins propices aux embuscades, des rochers glissants et des champs de mines japonais. Les conditions géographiques rendaient difficile la construction de routes ou de structures temporaires, ce qui limitait la mobilité, la communication et la logistique des forces engagées, ajoutant nécessairement à la dureté des conditions.

Les conditions météorologiques et le terrain hostile ont considérablement affecté les opérations militaires. Les soldats ont dû lutter contre des éléments naturels aussi redoutables que l’ennemi, ce qui a contribué à rendre la bataille d’Attu encore plus difficile et meurtrière.

La mémoire de la bataille d’Attu

La mémoire de la bataille d’Attu a évolué au fil du temps, passant d’une période de curiosité, à une période de relative obscurité, puis à une reconnaissance croissante de l’importance de cette bataille et du sacrifice des soldats qui s’y sont battus. Pendant de nombreuses années après la Seconde Guerre mondiale, la bataille d’Attu n’a pas reçu autant d’attention que d’autres théâtres d’opérations plus médiatisés. Cependant, au fil du temps, les historiens, les vétérans, et les efforts des communautés locales ont contribué à mettre en lumière l’importance stratégique de cette bataille.

Le premier signe de reconnaissance de la bataille d’Attu tient au domaine militaire, où un porte-avions de classe Casablanca prit le même nom en 1944. Avec sa mise au rebut en 1949, l’histoire se perdit de nouveau.

Cette bataille suscita très tôt la curiosité des citoyens américains, puis occidentaux de manière générale. Ce fut notamment le cas grâce au journal intime du médecin nippon Paul Nobuo Tatsuguchi. Ce dernier est décédé le dernier jour de la bataille lors de la charge suicide japonaise qui tenta, avec succès, de percer les lignes adverses, avant d’être rapidement submergés par les renforts américains. Tatsuguchi réussit néanmoins à tenir un journal intime depuis le début de la campagne, où il y expose notamment ses difficultés à soigner tous les blessés. Ce journal intime est rapidement découvert par les Américains qui le traduisent et le publient. Cette histoire connait un succès notable, intrigue les Occidentaux, et représente – hors documents officiels – une des sources les plus complètes sur le déroulé des événements.

« En soirée, vers 23 h 30, sous couvert de l’obscurité, j’ai quitté la grotte. Marché le long de chemins et de collines escarpées désertes. Qu’importe combien de temps nous marchons nous ne passerons pas le col. Reposé après 30-40 pas où un peu dormi et rêvé, me suis réveillé et suis reparti pour la même chose. Nous avons eu quelques blessés que nous avons dû porter sur des civières. Ils avaient les pieds mordus par le gel, et ne pouvaient plus bouger après tous ces efforts. Après avoir lutté en permanence, pendant neuf heures, et tout ça sans quitter mes patients. »

Paul Nobuo Tatsuguchi, 17 mai 1943.
Monument de la paix sur l'île d'Attu - U.S. Coast Guard Petty Officer 1st Class Kurt Fredrickson | Domaine public
Monument de la paix sur l’île d’Attu – U.S. Coast Guard Petty Officer 1st Class Kurt Fredrickson | Domaine public

Malgré tout, la mémoire se perdit pendant des années, avant de revenir sur le devant de la scène avec les différentes politiques américaines de revalorisation du patrimoine de la Seconde Guerre mondiale, politiques fortement soutenues par les vétérans du conflit.

Ainsi, l’United States Fish and Wildlife Service gère les vestiges de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique, mais en 2019 l’Aleutian Islands World War II National Monument se démarque du reste des vestiges du Pacifique, facilitant la mémoire de cette bataille indépendamment de Pearl Harbor ou des îles Marshall.

Aux côtés du monument rendant hommage aux victimes américaines, un monument similaire pour les victimes nipponnes a pu être constitué par les autorités japonaises. Cet effort de réconciliation fait partie de la politique de réconciliation entre les deux anciens ennemis.

La bataille d’Attu a été remise en avant un peu plus tôt dans le film-documentaire de Tom Putnam Red White Black & Blue en 2006, mais aussi plus récemment dans l’ouvrage de Mark Obmascik The Storm on Our Shores en 2019, mettant au service d’une histoire les témoignages opposés de Paul Nobuo Tatsuguchi et de l’Américain Dick Laird. Ce type de mémorialisation demeure positif pour maintenir cette bataille hors de l’oubli.

Quelques liens et sources utiles

Cloe, John H., Attu : The forgotten battle, United States National Park Service, 2017.

Obmascik, Mark, The Storm on Our Shores, Atria Books, 2019.

Putnam, Tom, Red White Black & Blue, Rainstorm Entertainment, 2006.

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