La construction européenne : l’élargissement de la CEE

Le Parlement européen tient sa première élection en 1979

Devenez rédacteur !

Valorisez vos compétences rédactionnelles aux côtés d’une équipe de passionnés !

L’ouverture de la CEE à de nouveaux acteurs permet une accélération de la construction européenne

La fin des années 1960 porte au pouvoir une nouvelle génération d’hommes politiques. Ils n’ont pas participé à la Première Guerre mondiale, ils étaient en effet trop jeunes, et ont une vision plus moderne des relations diplomatiques à maintenir en Europe.

En France, c’est Georges Pompidou qui prend la relève de Charles De Gaulle le 20 juin 1969. Il est un intellectuel et homme de lettres français. Il ne se classe pas comme un gaulliste historique. Il n’a pas été résistant et ne s’est pas engagé à ses côtés lors de la Seconde Guerre mondiale. Il connait l’ancien président parce qu’il a été sa plume pendant la traversée du désert (1946 – 1958). George Pompidou est élu facilement. En effet, le seul adversaire notable qu’il a est Alain Poher, le président par intérim lors de la démission de Charles De Gaulle.

George Pompidou réalise sa campagne avec un mot d’ordre ; la volonté de participer à l’intégration du Royaume-Uni dans la CEE. Il expose ses craintes sur l’évolution actuelle de la construction européenne. Il ne souhaite pas une augmentation des institutions communautaires européennes. Ces positions sont affirmées lorsqu’il nomme Maurice Schuman (aucun lien avec Robert Schuman) au poste de ministre des Affaires étrangères. En effet, il est un gaulliste de la première heure, présent aux côtés du général Charles De Gaulle à Londres en 1940.

La naissance de la puissance allemande

En RFA, des changements politiques font évoluer les relations avec la France et le reste des partenaires de la CEE. Willy Brandt, en 1969, devient chancelier et s’entoure d’une coalition de libéraux et de socialistes qui souhaitent renforcer leur lien avec la RDA, dans l’espoir d’une réunification allemande. Il met en place l' »Ostpolitik », qui mènera en 1972 au Traité fondamental qui permet une reconnaissance des frontières des deux États et à leur entrée à l’ONU en 1973. Sur le plan de la construction européenne, il est favorable à l’adhésion du Royaume-Uni et à la transformation des institutions européennes en institutions fédérales. Il se place dans le même mouvement de pensée que Jean Monnet, ce qui explique son adhésion au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe (CAEUE). Il assume également les atrocités commises par le régime nazi. En 1970, il s’agenouille devant le monument de commémoration du ghetto de Varsovie, commémorant la perte de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants et condamnant les atrocités commises contre le peuple Polonais.

Arrivée du Royaume-Uni dans le concert européen

Au Royaume-Uni, Edward Heath devient premier ministre en 1970. Il est conservateur et pro-européen. Il connaît bien les problématiques liées à l’intégration du Royaume-Uni dans la CEE. En effet, il était ministre des Affaires étrangères lors de la première candidature portée par MacMillan. Il considère qu’il est temps de mettre un terme aux relations privilégiés avec les États-Unis (special partnership) et de se rapprocher de la CEE. En effet, la non-participation du Royaume-Uni dans les affaires de la CEE l’isole diplomatiquement.

De plus, économiquement, la situation se complique pour le pays. La crise de Suez de 1959 a compliqué les relations avec les États-Unis, malgré le lien privilégié qui les unis depuis la fin de la guerre. Le Royaume-Uni, à l’instar de la France, devient une puissance secondaire, régionale. L’empire colonial britannique disparaît progressivement, laissant place au Commonwealth. Les anciennes colonies britanniques ne peuvent pas maintenir un lien économique et politique aussi fort qu’auparavant, il y a véritablement une diminution de l’hégémonie britannique dans le monde. La création de l’Association européenne de libre-échange de 1960 ne permet pas de compenser les pertes liées à la dissolution de l’empire.

Le sommet de la Haye pour recadrer le futur de la CEE

George Pompidou propose une réunion à l’été 1969 aux États de la communauté. La ville de la Haye est choisie, et c’est tout un symbole. En effet, en 1948, le Conseil de l’Europe se tenait déjà dans cette ville. La conférence a lieu entre le 1er et le 2 décembre et la feuille de route est la suivante : « achèvement, approfondissement, élargissement ». 

La conférence est pourtant bien particulière, elle est n’est pas réalisée dans le cadre de la coopération européenne, mais comme un sommet intergouvernemental. Les directives sont prises en amont par la France, qui se retrouve à la tête des opérations après que les autres gouvernements aient échoué à instaurer une relance au sein de la CEE. L’objectif est clair : pérenniser la PAC, si chère à la France, tout en stabilisant l’économie, avec des accords monétaires. Puis, élargir la CEE à de nouveaux acteurs, notamment le Royaume-Uni.

Un sommet de La Haye chahuté (1er et 2 décembre 1969).
Un sommet de La Haye chahuté (1er et 2 décembre 1969).

Nouveau planning pour les membres de la CEE

Le sommet permet de débloquer la situation. En effet, les acteurs de la communauté avaient été confrontés lors des années gaulliennes à une diminution de leur implication et à une hégémonie de la France.

Cette fois le sommet permet d’apporter un planning opérationnel. Georges Pompidou est satisfait du sommet qui permet d’orienter la construction communautaire conforme aux intérêts de la France. La PAC est consolidée et la France sort de son isolement diplomatique provoqué par les dernières années gaulliennes. Le principe d’élargissement, source de nombreux déchirements, est accepté par les Six, tout en intégrant des conditions d’admission obligatoires. Des acteurs apparaissent tant par leurs compétences aux compromis, comme la diplomatie belge, mais également dans leur objectif de parfaire des strates de la coopération européenne. Nous pouvons citer la création du Comité Werner, qui a en charge l’élaboration des propositions pour l’Union économique et monétaire ou bien le Comité Davignon, qui est en charge de l’élaboration des propositions sur la coopération en matière de politique extérieure.

Le sommet est un succès vis-à-vis de l’opinion publique. En effet, les médias ont joué le rôle de relais. L’Italie est la grande absente, malgré la présence du chef d’État lors du sommet, les propositions et les directives qu’elle soutient sont maigres. Enfin, la suite de l’histoire nous montre que les différentes directives prises lors du sommet, notamment sur l’instauration des Comités, sont rapidement bloquées par les gouvernements. Par exemple, les propositions du Comité Werner sont refusées par Georges Pompidou.

Les premières intégrations dans la CEE

Le sommet permet également de traiter quatre candidatures à l’entrée dans la CEE ; celle du Royaume-Uni, du Danemark, de la Norvège et de l’Irlande. Afin de pouvoir intégrer la communauté, les quatre pays doivent accepter les acquis communautaires (tout ce qui a été réalisé). Chaque candidat peut négocier les termes de son entrée au sein de la CEE.

En effet, ils ne sont pas tous préparés. La Norvège souhaite, par exemple, préparer son économie halieutique. Le Danemark, lui, s’intègre rapidement à la CEE. Le 22 janvier 1972 les traités d’adhésions sont signés par les Six et les quatre candidats. Afin de pouvoir appliquer les traités, il faut maintenant les ratifier. Les 10 pays doivent le faire avant l’année 1973. Il existe deux voies pour ratifier. En France, c’est celle du Parlement ou du référendum. Il est choisi de le faire par référendum, le oui est majoritaire à 68%. Au Royaume-Uni la ratification se fait via le Parlement et le oui est tout juste voté. En Irlande et au Danemark, un référendum permet d’obtenir une victoire du oui à l’adhésion. Les Norvégiens votent majoritairement non à l’adhésion (54%), cette position sera maintenue une fois de plus en 1994, lors de leur deuxième candidature d’adhésion. Aujourd’hui, le pays ne fait toujours pas partie de l’Union européenne, malgré des liens très forts avec elle. La communauté de la CEE passe de six membres à neuf au premier janvier 1973.


Bibliographie

Dictionnaire critique de l’Union européenne, Paris, Armand Colin, 2008, 494 p.

Marie-Thérèse Bitsch, Robert Schuman Apôtre de l’Europe (1953-1963), European Interuniversity Press, 2010

Marie-Thérèse Bitsch, Histoire de la construction européenne, Bruxelles, Editions Complexe, 1999 (2e édition), 358 pages.

Robert Frank (dir.), Les identités européennes au XXe siècle : diversités, convergences et solidarités, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, 206 p.

Pierre Gerbet, La France et l’intégration européenne. Essai d’historiographie, Berne, Euroclio, Peter Lang, 1995, 162 p.

Robert Paxton et Julie Hessler, L’Europe au XXe siècle, Paris, Taillandier, 2011

Sylvain Schirmann, Quel ordre européen. De Versailles à la chute du IIIe Reich, Paris, Armand Colin, 2006, 334 p.

Jean-François Soulet, Histoire de l’Europe de l’Est de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, Paris, Armand Colin, 2006, 262 p.

Gérard Bossuat, La France et la construction de l’unité européenne. De 1919 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2012

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.