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L’influence de la civilisation islamique sur la médecine moderne

La médecine a été l'une des préoccupations majeures de l'humanité, et elle a fait l'objet d'études approfondies par les savants musulmans.
Albucasis (Al-Zahwari) infligeant une ampoule à un patient à l'hôpital de Cordoue, 1100 après J.-C - Auteur inconnu | Creative Commons BY 4.0
Albucasis (Al-Zahwari) infligeant une ampoule à un patient à l’hôpital de Cordoue, 1100 après J.-C – Auteur inconnu | Creative Commons BY 4.0

Depuis l’aube des temps, la médecine a été l’une des préoccupations principales de l’humanité. De nombreux savants et érudits ont découvert des remèdes et des méthodes médicales pour lutter contre de nombreuses maladies qui se propageaient implacablement dans le monde. C’est pourquoi, depuis cette époque, la médecine demeure une science en constante évolution.

Aujourd’hui, les chercheurs unissent leurs efforts dans le but ultime de trouver des vaccins, des antibiotiques et des médicaments permettant la guérison et le bien-être des êtres humains. Il s’agit d’un objectif qui a depuis longtemps préoccupé l’Homme. De nombreuses civilisations se sont succédé, dont la civilisation islamique, qui a marqué l’histoire de la médecine grâce à l’émergence de nombreuses avancées médicales ayant contribué au développement des sciences de la santé dans le monde.

L’éclosion de la civilisation islamique

Entre le VIIIe siècle et le XIIIe siècle, on parle même de « l’âge d’or de l’islam » lorsque de nombreux érudits musulmans ont élaboré des idéologies inédites et innovantes qui ont marqué l’histoire. Du fait de sa présence sur trois continents, la religion islamique a facilité la diffusion de l’information aux quatre coins du monde.

La langue arabe a également joué un rôle essentiel en facilitant les échanges entre les communautés musulmanes. Que ce soit dans les domaines de la sociologie, de la philosophie, de la littérature ou même des sciences sous toutes ses formes, les musulmans ont contribué avec leur savoir. Leur contribution intrinsèque a pu remettre en question certaines théories existantes et en créer de nouvelles.

La médecine à l’ère de l’islam

C’est au cœur de l’âge d’or de la civilisation islamique que la médecine a été évoquée pour la première fois dans l’histoire des musulmans. Son émergence remonte au VIIIe siècle, bien que des écrits sur la médecine existaient déjà. Les connaissances médicales héritées de l’Antiquité grecque et romaine ont beaucoup inspiré les musulmans, suscitant leur curiosité à approfondir des théories incomplètes. À cette époque, les médecins se contentaient de mettre en pratique les soins établis par leurs prédécesseurs, tout en adoptant un regard critique sur ces pratiques afin de les améliorer.

Outre leur curiosité et leur désir d’affiner la science médicale, les musulmans ont adopté une méthodologie axée sur l’expérimentation. Ils cherchaient à extrapoler des solutions et des remèdes aux maladies jusque-là inexplorées pour l’humanité. Grâce à la recherche médicale, à l’expérimentation post-mortem et à la dissection, les savants islamiques ont réussi à faire progresser les sciences médicales.

Il est essentiel de noter qu’à cette époque, l’islam connaissait une expansion rapide. Le VIIIe siècle a été marqué par une avancée significative de l’islam qui s’est rapidement répandu dans le monde. La langue arabe commune a renforcé les bases de l’islam, contribuant à l’émergence d’une civilisation islamique florissante. Les échanges scientifiques, culturels et économiques étaient donc facilités entre les différentes régions islamiques. Chacune de ces régions était gouvernée par un calife chargé d’appliquer la loi en tant que souverain de sa région. Ces dirigeants ont largement contribué à l’essor de la médecine islamique en encourageant la recherche scientifique par la création d’institutions, de bibliothèques et de centres de recherche.

Les pères fondateurs de la médecine islamique

Rhazès, le piédestal de la médecine islamique (865-925)

Son nom complet est Abu Bakr Muhammad Ibn Zakaria Al-Razi. Il est le premier savant musulman d’origine perse à avoir laissé une empreinte significative dans l’histoire de la médecine islamique. Il a rédigé plusieurs ouvrages médicaux qui ont marqué son époque. Parmi ses réalisations, on trouve deux encyclopédies qui comportaient des méthodes de diagnostic innovantes. La première était intitulée « Kitab Al-Tibb Al-Mansuri« , une encyclopédie fondamentale de la médecine de l’époque. Quant à la deuxième, elle portait le titre « Kitab Al-Hawi » et servait à approfondir et à consolider certaines théories médicales grecques et arabes.

Portrait de Rhazes (al-Razi) (865-925 après JC), médecin et alchimiste ayant vécu à Bagdad - Gerardus Cremonensis | Creative Commons Attribution 4.0
Portrait de Rhazes (al-Razi) (865-925 après JC), médecin et alchimiste ayant vécu à Bagdad – Gerardus Cremonensis | Creative Commons Attribution 4.0

Parmi les ouvrages médicaux qui ont valu à Rhazès une renommée mondiale, on compte son traité sur la petite vérole. Cette œuvre a été traduite en plusieurs langues, dont le français, sous le titre « Traité de Rhazès sur la rougeole et la petite vérole« .

Rhazès avait également un intérêt pour la philosophie, un domaine qui préoccupait les savants de son époque, ainsi que leurs prédécesseurs, à l’échelle mondiale. Il a contribué à cet effort en publiant un ouvrage sur la médecine spirituelle intitulé « Kitab Al-Tibb Al-Ruhani » en arabe.

Avicenne, la médecine sous une nouvelle ère (980-1037)

Force d’ingéniosité et de clairvoyance, très jeune, Avicenne s’est distingué par sa capacité à apprendre rapidement. Dès son enfance, on le surnommait l’enfant prodige, et la médecine était l’une de ses disciplines de prédilection. Né en Ouzbékistan, Avicenne, de son nom complet en arabe Abu Ali Al-Husayn Ibn Sina, a reçu une éducation soignée qui a contribué à son érudition. Aujourd’hui, l’histoire le définit comme médecin, philosophe et auteur de l’incontournable ouvrage « Le Canon de la médecine, » qui signifie « La Loi de la médecine » en arabe.

En tant que médecin et chercheur, Avicenne s’est attelé à lire et à analyser de nombreux ouvrages, encyclopédies et théories antérieures. Il a cherché à extraire des informations pertinentes qui ont servi à la conception de son propre ouvrage, basé sur sa propre disposition et une logique fondatrice. Ainsi, de nombreuses théories médicales de l’Antiquité grecque figurent dans le « Canon de la médecine » L’ouvrage décrit également les connaissances fondamentales en anatomie, physiologie et nosologie, ainsi qu’un agencement minutieux des maladies qui affectent le corps humain. Parmi les maladies étudiées par Avicenne, on trouve l’apoplexie, les fièvres éruptives et la méningite aiguë.

Son ouvrage est considéré comme un élément précurseur d’un nouveau référentiel en médecine. Pendant des siècles après sa publication en 1020, le « Canon de la médecine » est devenu un texte de référence majeur.

Les Occidentaux, toujours en quête des tendances et des innovations universelles, ont adopté l’œuvre monumentale d’Ibn Sina en la traduisant entre le XIIe et le XVIIe siècle. Cette influence majeure du savoir d’Avicenne sur l’Occident, grâce à la civilisation islamique, a conduit à sa traduction en hébreu sous le nom de « Ben Sina » et en espagnol sous celui d' »Avicenna. »

L’influence de l’ouvrage d’Avicenne a atteint son apogée lorsque William Harvey a découvert la circulation sanguine en 1628. Cette découverte cruciale a remis en question certaines théories d’Avicenne et son interprétation de l’ouvrage. Cependant, les critiques sur l’exactitude des notions abordées par Avicenne n’ont en rien diminué son érudition, son expertise et son savoir intrinsèque. Son ouvrage continue d’être admiré et reconnu dans l’histoire de la médecine. Même s’il comportait des erreurs, il a joué un rôle rétrospectif essentiel dans le développement de la médecine moderne.

Al Zahrawi et Ibn Al Nafis, les deux médecins novateurs (936-1288)

Aussi connu sous le nom d’Abulcasis, Al Zahrawi était un chirurgien andalou dont l’expertise en chirurgie lui a valu le surnom de « Père de la chirurgie opératoire ». C’était pendant la période où la péninsule ibérique était sous l’occupation des Arabes, entre 936 et 1013, qu’un médecin arabe s’est distingué en tant que chirurgien de renom. Son encyclopédie intitulée « At-Tasrif » en témoigne, et elle fait de lui un médecin novateur de son époque. En trente volumes, Al Zahrawi a créé une référence littéraire qui couvre la pratique médicale générale tout en se concentrant particulièrement sur la chirurgie, à laquelle il a consacré une grande partie. Al Zahrawi est également crédité de l’invention de plusieurs instruments chirurgicaux tels que les scalpels, les pinces, les forceps et les cautères.

Quant à Ibn Al Nafis, il nous ramène en Syrie entre 1213 et 1288. Son intérêt pour les sciences médicales, en particulier la circulation sanguine, a fait de lui l’un des pères fondateurs de la médecine islamique. Il a étudié la médecine à Damas jusqu’à devenir médecin et philosophe, et il a publié plusieurs ouvrages médicaux, dont une encyclopédie prévue pour comporter 300 volumes, bien qu’il n’en ait publié que 80. Ses manuscrits sont conservés à Damas, en Syrie. Ibn Al Nafis a été le premier à aborder la circulation pulmonaire en 1242, au Caire.

"Médecine arabe" (vers 1906) - Veloso Salgado | Domaine public
« Médecine arabe » (vers 1906) – Veloso Salgado | Domaine public

Le déclin de l’influence de la médecine islamique

Les écrits en médecine ont joué un rôle crucial dans le progrès des sciences médicales dans le monde, mais cet essor est également attribué à l’étude et à l’éducation continue. La construction d’hôpitaux et d’universités islamiques a contribué à la pérennité des avancées médicales. Pendant longtemps, le « Canon de la médecine » d’Avicenne a servi de référence incontournable pour les professionnels de la santé et les étudiants. Cependant, à partir de 1600, cette œuvre remarquable d’Avicenne a été remise en question à mesure que de nouvelles études dépassaient les connaissances contenues dans le « Canon« .

L’influence jusqu’alors incontestée de la médecine islamique a commencé à décliner progressivement. Tout d’abord, en raison de la chute de l’Empire islamique entre le XIIIe et le XVIe siècle. Les conflits et les guerres ont pris le pas sur la recherche et les études scientifiques. En outre, l’épanouissement de la Renaissance européenne a relégué dans l’ombre les réalisations de la civilisation islamique, y compris ses avancées dans le domaine médical. Néanmoins, l’histoire reconnaît la contribution inestimable des musulmans à la médecine, car ils ont jeté les bases de la plupart des pratiques médicales encore en usage aujourd’hui.

Quelques liens et sources utiles :

Victor Pallejà De Bustinza, Tout ce que la médecine doit aux sciences arabes, 2023

Mohamed Chtatou, Abu al-Qasim az-Zahrawi (Abulcasis), ‘’père de la chirurgie opératoire’’ (1/2), 2022

Leila Driss, Histoire : ce que la médecine moderne doit aux arabes et à l’essor de l’islam, 2023

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