L'ouvrage coup de cœur de février : Le Voyage de Magellan par Antonio Pigafetta

Alphonse VI : confirmation du testament de Gonzalo Ferrándiz

Le XIe siècle est marqué par le règne d'Alphonse VI en péninsule Ibérique, il la transforme culturellement, religieusement et militairement.
Céramique de la conquête de Tolède par Alphonse VI. La Plaza de España. Séville. Andalousie, Espagne - Carlos V de Habsburgo (pseudo Wikipédia) | Creative Commons BY-SA 3.0
Céramique de la conquête de Tolède par Alphonse VI. La Plaza de España. Séville. Andalousie, Espagne – Carlos V de Habsburgo (pseudo Wikipédia) | Creative Commons BY-SA 3.0

Embarquez dans un voyage passionnant à travers l’Espagne du XIe siècle, une période de transformations culturelles, religieuses et politiques majeures, avec un accent particulier sur le règne d’Alphonse VI. La chute du califat de Cordoue et l’émergence du castillan comme langue dominante ont façonné l’histoire de l’Espagne et favorisé les premières reconquêtes chrétiennes. Le testament de Gonzalo Ferrándiz sert de source essentielle pour comprendre cet espace géographique complexe, la péninsule Ibérique du Moyen Âge.

Le roi qui lance la reconquête progressive de la péninsule Ibérique

Une ébullition culturelle dans la péninsule Ibérique

Le début du XIe siècle est une période charnière dans l’histoire culturelle, religieuse, militaire et politique de l’Espagne. La langue castillane devient progressivement la plus importante dans la zone d’influence d’Alphonse VI. La chute du califat de Cordoue en 1031 et le morcellement en taïfas des sphères d’influences des musulmans permet à Ferdinand Ier, puis à son fils Alphonse VI, d’effectuer les premières reconquêtes chrétiennes contre les musulmans.

Le monde chrétien ibérique s’ouvre aux cultures « européennes », que ce soit avec le royaume des Francs, l’Italie ou bien même la papauté. Il s’effectue des échanges commerciaux, mais surtout humains, avec l’arrivée de colons, de militaires qui transportent avec eux leurs idées, leurs œuvres. Il y a une ouverture de l’Espagne au monde outre-Pyrénéens. De plus, les règnes de Ferdinand Ier et de son fils d’Alphonse VI sont marqués par une prédominance politique de la Castille sur les territoires chrétiens de la péninsule Ibérique, ainsi que d’un changement du rapport de forces entre musulmans et chrétiens au profit de ces derniers.

Situation politique dans le nord de la péninsule ibérique vers 1065 - Alexandre Vigo | Creative Commons BY-SA 3.0
Situation politique dans le nord de la péninsule ibérique vers 1065 – Alexandre Vigo | Creative Commons BY-SA 3.0

Des guerres de successions à la mort de Ferdinand Ier

À la mort de Ferdinand Ier en 1065, son territoire est divisé entre ses enfants. Dès lors, des querelles fratricides éclatent, plongeant l’Espagne chrétienne dans une période de troubles. En 1072, Alphonse récupère la Castille à son frère Sanche. Il devient alors le possesseur de la Castille et du Leon sous le titre d’Alphonse VI.

Dans les années qui suivent, il poursuit sa reconquête sur ses frères et sœurs pour former de nouveau le royaume de son père. Il en vient même à utiliser le titre « imperator totus hispaniae », soit l’Empereur de toutes les Espagnes, au cours de son règne, marquant sa domination sur le monde chrétien espagnol. Il participe également à l’ouverture de l’Espagne au monde outre-Pyrénéen grâce à son mariage avec Agnès, la fille de Guillaume VI duc d’Aquitaine, puis son mariage avec Constance de Bourgogne en 1080, peu de temps avant la réalisation du document dont il est question ici.

L’unificateur de la péninsule : Alphonse VI

Des sources historiques révélatrices

Alphonse VI se rapproche beaucoup de la papauté, en tissant des liens avec le pape Grégoire VII qui est en pleine réforme de l’Église. Cette période marque le retour définitif de la papauté dans la péninsule Ibérique et le début des idées de croisades. Les documents du monastère de Sahagun et ceux de la cathédrale de Leon sont des sources importantes de l’histoire de Leon avant son rattachement définitif à la Castille en 1230.

Nous avons affaire ici à une confirmation testamentaire en faveur de l’abbaye de Sahagun datant de 1080 (découvrez cette source : Le testament de Gonzalo Ferrándiz pour l’Abbaye de Sahagún). Ce document se retrouve au sein de la Coleccion diplomatica del monasterion de Sahagun, qui est composée de deux volumes. Ces derniers ont pour but de publier des sources du monastère de Sahagun en rassemblant 797 documents datés de 1000 à 1109. Il vient s’y ajouter 12 documents du Xe siècle.

Les deux volumes s’intègrent dans une importante collection nommée Fuentes y Estudios de Historia Leonesa, dirigée par J. M Fernandez Caton, dont ils sont les numéros 36 et 37. Le texte que nous étudions se trouve dans le numéro 37, qui fait donc parti d’un regroupement de textes publié en 1988. Ce document fut écrit par Roman, que nous supposons être un moine de l’abbaye qui a transcrit les paroles d’Alphonse VI. La charte date de 1080. Cependant, nous pouvons lire qu’elle fut confirmée « l’année 1118 de l’ère ». Ce n’est pas une erreur, au XIe siècle, il est utilisé en Hispania, un calendrier différent du calendrier grégorien actuel. C’est l’ère d’Espagne, qui commence en 38 avant J-C.

Des documents historiques codifiés

La rédaction de textes officiels a toujours répondu à un certain nombre de règles. Les testaments dans la péninsule Ibérique respectent dès lors des normes de composition. Le protocole est la première partie du document, il est divisé en plusieurs sections qui permettent d’introduire le sujet.

Au sein de ce protocole, coexistent plusieurs normes. L’invocation, qui place le texte sous le patronage de Dieu. La suscription, qui présente l’auteur du document (Alphonse VI). La dévotion, qui explique la charge divine en possession de l’auteur. L’adresse, qui comme son nom l’indique adresse le testament à toutes les personnes qui sont citées, cela permet de crédibiliser le document. Puis, enfin, le salut.

La deuxième partie est le texte qui est composé de plusieurs normes : le préambule, l’exposé, le dispositif, la corroboration, l’eschatocole, et enfin la validation. Le document est une transcription des dires d’Alphonse VI. Il commence par se présenter, puis annonce à travers un récit vouloir se faire inhumer au monastère de Sahagun, le lieu des saints Facond et Primitif. Par la suite, Alphonse VI explique qu’un de ses magnats, Gonzalo Ferrándiz, proche de la mort, a pour souhait de léguer ses biens au même monastère. Pourtant, le souhait de ce magnat n’est pas exaucé car aucun testament n’est réalisé. Son héritage revient alors à sa sœur. Alphonse VI se doit de remettre de l’ordre dans cette affaire testamentaire litigieuse. Un testament est alors établi au nom de Gonzalo Ferrándiz afin de redistribuer les biens entre sa sœur et l’abbaye. Cette confirmation par Alphonse VI du testament de Gonzalo Ferrándiz est alors approuvée et confirmée par de nombreux témoins.

Pour obtenir des informations complémentaires sur ce passage, n’hésitez pas à prendre contact avec nous.

Quelques liens et sources utiles

Joseph Pérez, Histoire de l’Espagne, Fayard, 1996.

Adeline Rucquoi, Histoire médiévale de la Péninsule ibérique, Paris, Points Seuil, 2016.

Thomas Deswarte, Une chrétienté romaine sans pape : l’Espagne et Rome (586-1085), CLASSIQ GARNIER, Paris, 2010.

Charles Garcia, « Itinérance de la cour et attaches sédentaires sous Alphonse VI et Urraque Ire », e-Spania, 2009.

José Luis Senra, « Tournus et Sahagún : une connexion architecturale et institutionnelle à la fin du xie siècle ? », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA, 15 | 2011.

Marcel Durliat, Sahagún et les débuts de la grande sculpture romane, Bulletin Monumental, tome 145, n°2, année 1987. pp. 220-221.

M. l’abbé Jean Tarré, Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, Année 1952,  1948-1949,  pp. 162-163.

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