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L’incroyable histoire des femmes dans l’espace

L'espace est un terrain de jeu auquel les femmes ont encore du mal à prétendre aujourd'hui. Quelle est leur histoire ?
Les six premières femmes astronautes de la NASA posent avec une maquette d'enceinte de sauvetage personnelle (PRE) ou "ballon de sauvetage" dans le laboratoire des systèmes d'équipage du Centre spatial Johnson. De gauche à droite, Margaret R. (Rhea) Seddon, Kathryn D. Sullivan, Judith A. Resnik, Sally K. Ride, Anna L. Fisher et Shannon W. Lucid. 1980. | Domaine public.
Les six premières femmes astronautes de la NASA posent avec une maquette d’enceinte de sauvetage personnelle (PRE) ou « ballon de sauvetage » dans le laboratoire des systèmes d’équipage du Centre spatial Johnson. De gauche à droite, Margaret R. (Rhea) Seddon, Kathryn D. Sullivan, Judith A. Resnik, Sally K. Ride, Anna L. Fisher et Shannon W. Lucid. 1980. | Domaine public.

Qui peut dire, en 2023, qu’il ne connaît pas Neil Armstrong, Buzz Aldrin, Youri Gagarine ou encore Thomas Pesquet ? Inversant les genres maintenant, qui peut dire, en 2023, qu’il connaît Valentina Tereshkova, Sally Ride, Jessica Watkins ou Claudie Haigneré ? Toutes ces personnalités ont pourtant un point commun : elles sont allées dans l’espace. Malheureusement, l’espace reste un terrain de jeu auquel les femmes ont encore du mal à prétendre aujourd’hui. Parmi les 600 personnes ayant voyagé dans l’espace, seulement 12% sont des femmes. Mais quelle est leur histoire ?

Valentina Tereshkova, pionnière des femmes dans l’espace

La conquête de l’espace a commencé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, à travers la recherche aux armements. Très vite, les Soviétiques ont pris le dessus, en envoyant le tout premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik 1, en 1957, ainsi que leur premier astronaute dans l’espace, Youri Gagarine, en 1961.

Tout juste deux ans après, la cosmonaute russe Valentina Tereshkova embarque à bord du vaisseau spatial Vostok 6, devenant ainsi la toute première femme envoyée dans l’espace. Pendant trois jours, elle effectue 48 orbites autour de la Terre. Sélectionnée pour ses compétences (mais aussi en raison de sa proximité avec le Parti communiste), Valentina Tereshkova, âgée de 26 ans, marque l’histoire.

Valentina Tereshkova demeure encore aujourd’hui la seule femme à être partie en solitaire en mission en orbite. Malheureusement, bien que l’histoire des femmes dans l’espace ait débuté avec succès, l’opinion publique ne retient pas son nom. L’époque préfère plutôt se souvenir de Youri Gagarine, ou encore de Neil Armstrong et Buzz Aldrin, qui ont pourtant accompli leur mission après celle de Tereshkova (en 1969).

On vous appelle « Mouette », mais permettez-moi de vous appeler Valia, Valentina. Je suis très heureux, et je suis fier, paternellement, qu’une fille de chez nous, une jeune fille du pays des soviets soit la première à voler dans l’espace en possession des moyens techniques les plus perfectionnés.

Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du Paris communiste de l’Union soviétique,1963.
Valentina Tereshkova, à l'extérieur de la capsule Vostok 6, 1963 | Domaine public.
Valentina Tereshkova, à l’extérieur de la capsule Vostok 6, 1963 | Domaine public.

La longue absence des femmes dans l’espace

Malheureusement, l’histoire de Valentina Tereshkova ne convainc pas tout le monde. A l’époque, ceux qui aspirent à être recrutés par la NASA doivent justifier d’au moins 1500 heures de vol dans des avions de chasse. Manque de chance, les écoles de pilotage ne sont pas ouvertes aux femmes…

Les Soviétiques auront eu le temps d’envoyer leur deuxième cosmonaute femme, Svetlana Savitskaïa (il aura fallu attendre 1982 tout de même, onze ans exactement). C’est peut-être d’ailleurs ce qui aura poussé les Américains a enfin passer le cap. La NASA ouvre son recrutement aux femmes en 1977, et en 1983, Sally Ride devient la troisième femme, et première américaine a effectuer un vol à bord d’une navette spatiale. Vingt-et-un an après le premier astronaute américain, John Glenn (1962).

Lors de la conférence de presse du 9 avril 1959 qui a présenté les astronautes de la mission Mercury, la question suivante leur a été posée : "Qui veut être le premier homme lancé dans l'espace ?" Les sept hommes ont levé la main, Walter Schirra et John Glenn ayant levé les deux mains. De gauche à droite, Donald Slayton, Alan Shepard, Schirra, Gus Grissom, Glenn, Gordon Cooper et Scott Carpenter. | Domaine public.
Lors de la conférence de presse du 9 avril 1959 qui a présenté les astronautes de la mission Mercury, la question suivante leur a été posée : « Qui veut être le premier homme lancé dans l’espace ? » Les sept hommes ont levé la main, Walter Schirra et John Glenn ayant levé les deux mains. 1959. | Domaine public.

Cette situation est le fruit d’une multitude de facteurs socio-culturels et institutionnels. Prévalait à l’époque l’idée réductrice que les femmes étaient physiologiquement et psychologiquement inadaptées à l’exploration spatiale, profession jugée ardue et dangereuse. Les conditions de vol sont spartiates, et les vols violents. Il est donc estimé que les femmes ne puissent mener à bien ces missions. De plus, le domaine de l’aérospatial, comme beaucoup d’autres domaines scientifiques et techniques, était dominé par les hommes, amplifiant la difficulté pour les femmes d’y accéder.

Comme évoqué précédemment, les programmes de formation des astronautes étaient également biaisés en faveur des hommes, souvent conçus en fonction des profils militaires ou des pilotes d’essai, des métiers presque exclusivement masculins.

L’égalité des genres dans la conquête spatiale a été ainsi, pendant longtemps, un mirage lointain, les femmes devant batailler contre les stéréotypes et les discriminations pour accéder à l’espace, un droit qui leur a été longtemps refusé. Nous vous invitons d’ailleurs à lire notre article sur les femmes dans l’ombre de la NASA, celles sans qui la conquête spatiale serait restée à l’état de fantasme pendant quelques années.

Des avancées significatives depuis les années 1980

La présence des femmes dans l’espace a tout de même connu une avancée significative, bien que des défis persistent. Si en 1983, Sally Ride devenait la première femme américaine à voyager dans l’espace, il a fallu attendre 1992 pour voir la première astronaute afro-américaine, Mae Jemison, faire de même.

Mae Carol Jemison, ingénieure, médecin et astronaute américaine de la NASA. Elle est devenue la première femme noire à voyager dans l'espace en tant qu'astronaute à bord de la navette Endeavour, 1992. | Domaine public.
Mae Carol Jemison, ingénieure, médecin et astronaute américaine de la NASA. Elle est devenue la première femme noire à voyager dans l’espace en tant qu’astronaute à bord de la navette Endeavour, 1992. | Domaine public.

Ces pionnières ont ouvert la voie à de nombreuses autres, avec plus de 60 femmes qui ont désormais voyagé dans l’espace, selon les statistiques de la NASA en 2023. Cela représente cependant seulement un peu plus de 10% des quelque 560 personnes ayant réalisé un vol spatial. De plus, dans des missions historiques comme celle de l’ISS, le nombre de femmes ayant commandé est encore minime.

Des avancées notables sont cependant visibles. La NASA, par exemple, a réalisé une avancée significative en 2013 en acceptant pour la première fois autant de femmes que d’hommes dans une promotion d’astronautes. De plus, des missions entièrement féminines sont désormais envisagées, signe d’une reconnaissance croissante de la capacité des femmes à assumer des rôles de premier plan dans l’exploration spatiale. Pour l’anecdote, une première mission extravéhiculaire exclusivement féminine devait avoir lieu le 29 mars 2019, mais cette dernière à été annulée… faute de disponibilité de deux combinaisons adaptées aux mensurations féminines.

Ah ! les combinaisons spatiales… Elles n’ont pas été vraiment pensées pour les femmes, c’est comme beaucoup d’autres choses dans ce monde très masculin qu’est le spatial ! 

Brigitte Godard, médecin des astronautes européens à l’ESA.

Les conditions de vie des femmes dans l’espace

Vivre dans l’espace présente des défis uniques, qui peuvent être amplifiés pour les femmes en raison de certaines particularités biologiques et de l’histoire longtemps masculine de la conquête spatiale.

D’un côté, les femmes ont démontré une résistance remarquable aux conditions extrêmes de l’espace. Certaines études suggèrent qu’elles pourraient être moins sujettes aux problèmes de santé liés à l’apesanteur, tels que la perte de densité osseuse ou les troubles de la vision. De plus, elles ont tendance à avoir besoin de moins de calories, ce qui peut être un atout lors des missions de longue durée où chaque gramme compte.

Cependant, le fait que la majorité des vols spatiaux aient été conçus pour des hommes crée des inconvénients. Par exemple, les combinaisons spatiales et les équipements de l’ISS ont souvent été conçus pour des corps masculins, ce qui peut rendre les tâches physiques plus difficiles pour les femmes. De même, les effets de l’espace sur la santé reproductive féminine restent mal compris, avec des interrogations sur les impacts potentiels d’une grossesse en apesanteur. L’astronaute Philippe Perrin explique au Parisien, qu’après deux sorties extravéhiculaires, il est extrêmement déconseillé aux femmes d’avoir un enfant (en raison des rayonnements qui abîment les gamètes).

Autre exemple, avoir ses menstruations peut représenter un défi de taille. Certaines femmes font le choix de prendre leur contraception (pilule) en continu, afin de ne pas avoir leurs règles. Mais pour celles qui ne le peuvent/veulent pas, les conditions sont particulière. Dans l’ISS, seules les toilettes côté Russe sont équipées pour ce « détail » de la vie des femmes. “Se rendre chez les Russes revient à signifier à tous ces messieurs qu’on a ses règles”, note Brigitte Godard

Il existe aussi des questions psychologiques, comme la solitude et l’isolement, qui peuvent être ressentis différemment par les femmes. Il est donc crucial d’améliorer la prise en compte du genre dans la conception des missions spatiales pour garantir l’équité et l’efficacité de la présence humaine dans l’espace. C’est un domaine où la science et la société se rencontrent, mettant en évidence le besoin de politiques spatiales plus inclusives et sensibles au genre.

Quelques liens et sources utiles

Les femmes dans l’espace : une conquête inégale, Maxime Tellier, France Culture, 2019.

Valentina Terechkova, première femme dans l’espace, Alisonne Sinard, France Culture, 2017.

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