La Strasbourgeoise : des paroles de revanche

La Strasbourgeoise est un chant militaire français qui prend ses origines après la guerre franco-prussienne de 1870.
Vestige de la Guerre franco-prussienne La Strasbourgeoise est un chant militaire de revanche. Napoléon III et Bismarck, le 2 septembre 1870 à Donchery, entrevue après la bataille de Sedan, Wilhelm Camphausen | Domaine public
Vestige de la Guerre franco-prussienne La Strasbourgeoise est un chant militaire de revanche. Napoléon III et Bismarck, le 2 septembre 1870 à Donchery, entrevue après la bataille de Sedan, Wilhelm Camphausen | Domaine public

La Strasbourgeoise résonne comme le cri de douleur et de résistance d’un peuple face à l’assaut de la Prusse en 1870. Suite à la débâcle française lors de la guerre franco-prussienne, cette mélodie est née des cendres de la tragédie, capturant le sentiment d’un pays blessé, mais jamais vaincu.

Issue d’une période tumultueuse où la Prusse cherchait à affirmer sa domination sur l’Europe en unissant les états germanophones, cette chanson rappelle les sacrifices de l’Est de la France et de la nation tout entière. Plongez au cœur de ses paroles poignantes et de son histoire riche en émotions.

Les paroles de La Strasbourgeoise

Petit papa, voici la mi-carême,
Car te voici déguisé en soldat
Petit papa dis-moi si c’est pour rire,
Ou pour faire peur aux tout petits enfants ? (bis)

Non mon enfant, je pars pour la patrie,
C’est un devoir où tous les papas s’en vont,
Embrasse-moi petite fille chérie,
Je rentrerai bien vite à la maison. (bis)

Dis-moi maman quelle est cette médaille,
Et cette lettre qu’apporte le facteur ?
Dis-moi maman, tu pleures et tu défailles
Ils ont tué petit père adoré ? (bis)

Oui mon enfant ils ont tué ton père,
Pleurons ensemble car nous les haïssons,
Quelle guerre atroce qui fait pleurer les mères,
Et tue les pères des petits anges blonds. (bis)

La neige tombe aux portes de la ville,
Là est assise une enfant de Strasbourg.
Elle reste là malgré le froid, la bise,
Elle reste là malgré le froid du jour. (bis)

Un homme passe, à la fillette donne.
Elle reconnaît l’uniforme allemand.
Elle refuse l’aumône qu’on lui donne,
À l’ennemi elle dit bien fièrement : (bis)

Gardez votre or, je garde ma puissance,
Soldat prussien passez votre chemin.
Moi je ne suis qu’une enfant de la France,
À l’ennemi je ne tends pas la main. (bis)

Tout en priant sous cette Cathédrale,
Ma mère est morte sous ce porche écroulé.
Frappée à mort par l’une de vos balles,
Frappée à mort par l’un de vos boulets. (bis)

Mon père est mort sur vos champs de bataille,
Je n’ai pas vu l’ombre de son cercueil.
Frappé à mort par l’une de vos balles,
C’est la raison de ma robe de deuil. (bis)

Vous avez eu l’Alsace et la Lorraine,
Vous avez eu des millions d’étrangers,
Vous avez eu Germanie et Bohême,
Mais mon p’tit cœur vous ne l’aurez jamais,
Mais mon p’tit cœur lui restera français !

Défaite de 1870, perte de l’Alsace-Lorraine

La chanson La Strasbourgeoise est composée après la terrible défaite française de 1870. La Prusse provoque la France, et après de multiples manigances géopolitiques, celle-ci entre en guerre. Se déclenche alors le 19 juillet 1870 la guerre franco-prussienne. La cause première de la guerre était le désir du gouvernement prussien d’unir les différents États germanophones sous sa domination et d’affirmer sa domination sur le reste de l’Europe.

La guerre se termine par la proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des glaces de Versailles le 18 janvier 1871, puis par la défaite française le 28 janvier de la même année. La France perd l’Alsace et la Lorraine ainsi que son statut de puissance incontestée en Europe et dans le monde.

Cette période est marquée par la composition de plusieurs chants patriotiques, c’est notamment le cas de La Strasbourgeoise, mais aussi du chant Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine évoquant le même thème.

Un chant militaire patriotique contre la Prusse

La Strasbourgeoise est composée pour le café-concert, avec les paroles de Gaston Villemer et Lucien Delormel, tandis que la musique est réalisée par Henri Natif. Initialement publiée sous le nom La Mendiante de Strasbourg, ou L’Enfant de Strasbourg dans le recueil Les chansons d’Alsace-Lorraine en 1885.

Malgré le côté très patriotique de la chanson, celle-ci n’est pas intégrée dans les répertoires de chansons des soldats français. En effet, il n’y a aucune trace de La Strasbourgeoise dans les recueils de chansons de l’armée française avant la Grande Guerre.

La Strasbourgeoise dans la tradition militaire ?

Militairement, cette chanson est rapidement abandonnée après la Grande Guerre par les soldats, mais revient au goût du jour dans les colonies de vacances à partir des années 1960. Il faudra attendre les années 2000 pour qu’elle réintègre les recueils militaires français. Notamment avec la promotion des cadets de Saumur des élèves de la corniche du prytanée (2000 – 2001), suivie de la promotion d’officiers Vanbremeersch de l’ESM (2004) ou dans un carnet de chants du 43e RI en 2002.

Le chant est aujourd’hui bien différent de la version originale, en effet celle-ci est actuellement chantée a cappella, alors qu’auparavant elle était accompagnée de musique pour le caf conc’ (café-concert).

Il existe deux versions de La Strasbourgeoise, la version originale, puis la version militaire actuellement chantée.

Les paroles originales de La Strasbourgeoise

La neige tombe au porche d’une église
Pâle et glacée, une enfant de Strasbourg,
Tendant la main, sur la pierre est assise
Et reste encore malgré la fin du jour.
Un homme passe, à la pauvrette il donne,
Mais elle a vu l’uniforme allemand,
Et repoussant aussitôt son aumône
À l’officier elle dit fièrement :

Gardez votre or, je garde ma souffrance.
Soldat, passez votre chemin
Je suis une enfant de la France.
Aux Allemands, je ne tends pas la main.

Mon père est mort sur vos champs de bataille.
Je ne sais pas l’endroit de son cercueil,
Ce que je sais, c’est que votre mitraille
M’a fait porter une robe de deuil.
Et qu’en prière à notre cathédrale.
Ma mère, hélas ! sous les murs écroulés
Tomba sanglante une nuit sur la dalle.
Frappée au cœur par un de vos boulets.

Vous m’avez pris, et famille, et patrie.
Votre or peut-être est rouge de leur sang.
J’ai tout perdu, si j’ai gardé la vie,
C’est que j’attends l’heure du châtiment.
Elle viendra, toute chaîne se brise
Mais s’il fallait vous mendier mon pain
J’aimerais mieux au seuil de cette église
Mourir un jour de misère et de faim. (Fin)

Quelques liens et sources utiles

Madeleine Schmidt, Chansons de la Revanche et de la Grande Guerre, éditions Serpenoise, 1985

Bertrand Joly, « La France et la Revanche (1871-1914) », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1999, 46-2,  pp. 325-347

Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, Paris, Bordas, 1989

La Strasbourgeoise, par la Chorale du Prytanée nationale militaire

Georges Kastner, Les chants de l’armée français, Paris, 1855

Joseph Yingtrinier, Chants et Chansons des soldats de France, 1902

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Une réponse

  1. Merci pour les paroles originales de cette chanson , je trouve qu’elles correspondent mieux que celles chantées habituellement .

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