Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, chant de 1871

Pierre-Georges Jeanniot Les réservistes

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Un chant de revanche contre la Prusse victorieuse de 1870

Le chant Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine a été composé à la même période que La Strasbourgeoise. La France du Second Empire est défaite par les troupes prussiennes, elle doit se rendre et laisser notamment les terres d’Alsace-Moselle. Cette situation génère d’importants mouvements patriotiques dans toute la France. Les nouvelles générations sont élevées dans l’idée de prendre leur revanche contre la Prusse, en devenant de vaillant citoyens et soldats.

Un chant patriotique Alsace et Lorraine

Le chant Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine est aussi connu sous la contraction Alsace et Lorraine. Il a été composé en 1871 par Gaston Villemer et Hippolyte Nazet – des hommes de lettres français – avec les paroles Ben Tayoux – compositeur français – à la suite de la défaite contre la Prusse et l’annexion de l’Alsace-Moselle.

Cette période est un véritable traumatisme pour les Français, l’empire vient de s’effondrer, la Commune de Paris – qui voit la naissance de L’Internationale – a créé d’importants troubles à Paris… Les Prussiens ont proclamé le IIe Reich dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, un comble… L’élite française découvre aussi sa faiblesse par rapport aux Prussiens, tant par leur arrogance, leur méconnaissance et manque d’ouverture, qui les placent en très grande faiblesse par rapport à leurs rivaux d’outre Rhin.

Petit format d'Alsace et Lorraine (1871)

Être français sous la domination prussienne

Le chant s’intègre donc parfaitement dans cette période dite du revanchisme français, avec comme pour différence par rapport à La Strasbourgeoise de prendre le point de vue des Français vivant maintenant sous la domination des Prussiens. En effet, les paroles invitent à espérer un rattachement avec la France, d’où ces paroles d’au revoir : « France, à bientôt ! car la sainte espérance ; Emplit nos cœurs en te disant : Adieu ! ».

Les paroles de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine

France, à bientôt ! car la sainte espérance
Emplit nos cœurs en te disant : Adieu !
En attendant l’heure de délivrance.
Pour l’avenir… nous allons prier Dieu.
Nos monuments où flotte leur bannière
Semblent porter le deuil de ton drapeau.
France, entends-tu la dernière prière
De tes enfants couchés dans leur tombeau ?

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine,
Et malgré vous nous resterons Français ;
Vous avez pu germaniser la plaine,
Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais.

Eh quoi ! nos fils quitteraient leur chaumière
Et s’en iraient grossir vos régiments !
Pour égorger la France, notre mère,
Vous armeriez le bras de ses enfants !
Ah ! vous pouvez leur confier des armes,
C’est contre vous qu’elles leur serviront,
Le jour où, las de voir couler nos larmes,
Pour nous venger leurs bras se lèveront.

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine,
Et malgré vous nous resterons Français ;
Vous avez pu germaniser la plaine,
Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais.

Ah ! jusqu’au jour où, drapeau tricolore,
Tu flotteras sur nos murs exilés,
Frère, étouffons la haine qui dévore
Et fait bondir nos cœurs inconsolés.
Mais le grand jour où la France meurtrie
Reformera ses nouveaux bataillons,
Au cri sauveur jeté par la Patrie,
Hommes, enfants, femmes nous répondrons :

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine,
Et malgré vous nous resterons Français ;
Vous avez pu germaniser la plaine,
Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais.

Des paroles très patriotiques, qui poussent à croire à un futur conflit pour être de nouveau rattaché à la France. Les terres sont « germanisées », ce qui sonne comme des terres souillées. Cependant, nous ne sommes pas encore en 1914… attention à ne pas faire de téléologie, ce ne serait pas compatible avec notre volonté de faire de l’histoire.

Quelques liens et sources utiles

Bertrand Joly, « La France et la Revanche (1871-1914) », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1999, 46-2,  pp. 325-347

Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, Paris, Bordas, 1989

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.