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Argentine : Élection de Javier Milei candidat d’extrême droite

L'élection choc de Javier Milei, candidat d'extrême droite, suscite désormais des interrogations chez la population. Une rupture historique pour une Argentine désemparée.
Discours du leader argentin du parti "La Liberté avance" à Madrid
Discours de Javier Milei le leader argentin du parti « La Liberté avance » à la convention VOX du parti d’extrême droite Espagnol, à Madrid en 2022 | Creative Commons, Domaine Public

Le 19 novembre 2023 marque une élection historique. Le nouveau président d’Argentine vient d’être élu. Et pour la première fois, l’extrême droite arrive au pouvoir, dans le deuxième plus grand pays d’Amérique du Sud. Avec à sa tête, l’excentrique Javier Milei, surnommé : le « Trump de la pampa ». Il met ainsi fin au règne, du péronisme. 

La crise endémique, la dette colossale, l’inflation galopante et l’intensification de la pauvreté ont mis à mal le pays depuis de nombreuses années. Milei obtient donc dans ce contexte une victoire triomphale. Un fait inédit pour ce populiste ultra libéral dont la radicalité inquiète. 

Crise économique et débâcle du péronisme 

Depuis des décennies, l’Argentine vit une crise économique sans précédent. Pris dans la spirale infernale de l’hyperinflation, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit 18,6 millions de personnes.

C’est dans une situation économique désastreuse que les partisans du péronisme ont été déchus. En effet, l’instabilité continue au sein du mouvement n’a fait qu’augmenter les difficultés. Incarnant à la fois des orientations conservatrices de droite, mais aussi des tendances socialistes de gauche.

Depuis le milieu des années 40, le courant péroniste a évolué tout en restant flexible et est resté jusqu’à ce jour, le mouvement le plus important de l’histoire de l’Argentine. Cependant, le manque de continuité dans les politiques économiques entre les différents gouvernements a fragilisé le pays. Entre État protectionniste et pouvoir libéral, l’absence d’une ligne stable a fait fuir les investissements étrangers.

Avec des dépenses publiques en déficit croissant depuis 2009. Et une importante dévaluation du peso face au dollar. L’économie basée essentiellement sur le secteur agricole s’est rendue vulnérable. Face à la sécheresse elle n’a malheureusement pu combler les pertes. L’Argentine a de ce fait beaucoup emprunté au FMI. Croulant désormais sous les dettes, elle est au plus bas. 

Qui est le nouveau président Javier Milei ? 

L’économiste libertaire, Javier Milei, est un « anarcho-capitaliste » absolu et néolibéral. Il est devenu candidat à la présidence, en prônant des mesures chocs pour sortir le pays de ses difficultés. Mais sa candidature ne s’est pas faite sans controverse. L’homme à l’apparence particulière et à la chevelure désordonnée aime les discours tranchants et agressifs. C’est un personnage excentrique au comportement outrancier qui incarne une forme de « Trumpisme » dans le style.  

Originaire du célèbre quartier Palerme, à Buenos Aires, il a eu une enfance compliquée. En rupture avec ses parents, il a consacré sa vie à l’économie. Diplômé au début des années 2000, il a commencé sa carrière en tant que professeur. Mais a exercé différentes fonctions liées à son domaine de prédilection. Admirateur du courant de pensée économique de l’école autrichienne, il défend les idées libérales et rejette l’intervention systématique de l’État. C’est donc sur ces fondements que se base la majeure partie de son programme.  

Je sais comment mettre fin à la pauvreté. Et exterminer une fois pour toutes ce cancer qu’est l’inflation. Je sais comment créer des emplois de qualités, avec de bons salaires.

Tels sont ses mots lors du discours d’entre deux tours pendant le débat télévisé argentin l’opposant à Sergio Massa.
Débat présidentiel Argentine en 2023 - Argentina.gob.ar | Creative Commons BY 4.0
Débat présidentiel Argentine en 2023 – Argentina.gob.ar | Creative Commons BY 4.0

Au-devant de la scène médiatique, il a beaucoup critiqué les politiques interventionnistes du gouvernement argentin pendant sa campagne. Discréditant son attachement au péronisme. Il a ainsi pu ressortir des débats avec une assez bonne réputation. 

Face à une population désemparée par la crise économique et l’inflation, Javier Milei a réussi à rallier les gens à sa cause. Malgré certaines mesures controversées comme son opposition à l’avortement, son refus d’inclure l’éducation sexuelle dans les écoles. Et certaines interventions antiféministes. Javier Milei véritable climatosceptique est un habitué des polémiques. Ainsi, son parti politique gagne pour la première fois depuis l’émergence du péronisme.  

Un programme aux idées révolutionnaires  

Pour Javier Milei, l’Argentine est en déclin depuis 100 ans. Alors qu’elle a commencé le siècle en étant l’État le plus riche du monde. L’hyperinflation appauvrit de plus en plus le peuple. Et c’est pour assurer le retour de la prospérité économique d’antan qu’il justifie ses mesures drastiques. 

Dans son programme, il annonce un « plan tronçonneuse » en référence aux découpages de la dette publique et à la privatisation d’entreprises, y compris dans les domaines publics déficitaires (police, tribunaux, défense nationale). À travers ses approches économiques, Milei souhaite promouvoir les investissements privés.

Une révolution qui doit s’opérer sous plusieurs axes. Ainsi, il souhaite la réduction au sein de l’État du nombre de ministères. Mais il prévoit également de réduire le nombre de fonctionnaires. Il annonce aussi la suppression de la banque centrale, et la dollarisation de l’économie. Milei plaide également pour la réduction de la pression fiscale sur les entreprises. Et l’ouverture commerciale, en supprimant les limitations tarifaires des importations et des exportations. 

L’idée révolutionnaire du nouveau président implique donc de réduire les plans sociaux et de maximiser l’initiative privée. En bon libéral, il veut entreprendre des mesures dans différents domaines tels que le travail, la santé ou l’éducation. Mais son objectif premier, est de réduire de manière significative l’inflation. Certaines de ses positions politiques conservatrices ont conduit l’opinion publique à l’aligner sur le style des politiciens comme Trump ou Bolsonaro. Deux hommes dont Milei se sent proche et qui se sont empressés de le féliciter pour cette victoire. 

Nouvel espoir pour l’Argentine et inquiétude chez le camp adverse 

À l’annonce du résultat des élections, le sentiment des Argentins est disparate. L’ancien économiste arrive en tête du second tour présidentiel avec un peu plus de 55% des suffrages face à son opposant, l’actuel ministre de l’Économie Sergio Massa. Une victoire écrasante dans la majorité des provinces de l’Argentine (21 sur 24). Alors que sonne la victoire, c’est une foule partisane qui exulte. Une émotion qui sonne pour ses partisans la fin de la corruption et de l’inflation.

Pour beaucoup d’électeurs, il incarne l’outsider de la dernière chance. Et se place en totale rupture avec les politiques traditionnelles ayant gouverné l’Argentine. Des gouvernements qui ne sont pas parvenus à sortir le pays de la crise économique. A contrario, dans le camp adverse, la défaite est dure. La communauté LGBT est inquiète de ce nouveau gouvernement. Et son projet de défaire les droits des femmes préoccupe certains Argentins. 

Espoir d’un côté et crainte de l’autre. Le nouveau président antisystème ne les laisse pas indifférents. Dans son ambition de remettre le pays sur pied, il devra tout de même faire des concessions, car son parti n’obtient que 38 sièges sur 257.  

Quelques liens et sources utiles

« Le régime péroniste, racine du déclin économique de l’Argentine », La Tribune, 2023

« Election en Argentine : le candidat d’extrême droite Javier Milei élu président », Le Monde, 2023

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