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La ménagerie royale de Versailles

Premier agencement d'ampleur de Louis XIV, la ménagerie est un lieu exceptionnel qui rayonne, de par sa magnificence, à travers l'Europe.
Cour arrière de la ménagerie royale de Versailles sous le règne de Louis XIV, 1643-1715, Pierre Aveline | Domaine public
Cour arrière de la ménagerie royale de Versailles sous le règne de Louis XIV, 1643-1715, Pierre Aveline | Domaine public

La ménagerie du château de Versailles, lieu de bien des histoires, est le premier projet d’envergure souhaité par le roi-soleil avant même la construction du grand canal. Son élaboration est confiée à Louis Le Vau, architecte du roi. Elle abrite en son sein une grande richesse d’espèces exotiques, ce qui renvoie à une tradition antique selon laquelle il est de coutume de rassembler, autour du monarque, une collection d’animaux.

Fortement abimée après la tempête révolutionnaire, elle est entièrement détruite en 1902. La ménagerie représente une immense perte d’un des agencements les plus exceptionnels de Louis XIV.

La ménagerie : un lieu unique

En 1662, la ménagerie est la première grande commande de Louis XIV. Il confie sa construction à l’architecte Louis Le Vau. Bien que la notion de « ménagerie » existe déjà, celle de Versailles est tout de même novatrice. En effet c’est la première à rassembler diverses espèces qui étaient dispersées dans les multiples résidences royales. Aussi, c’est la première fois que les animaux sont ordonnés en fonction des espèces.

Plan de la ménagerie de Versailles, sous Louis XV, auteur anonyme, 1747, extrait du Recueil des châteaux, jardins, bosquets et fontaines de Versailles, Trianon et la Ménagerie | Domaine public
Plan de la ménagerie de Versailles, sous Louis XV, auteur anonyme, 1747, extrait du Recueil des châteaux, jardins, bosquets et fontaines de Versailles, Trianon et la Ménagerie | Domaine public

En se penchant sur les gravures d’époque, on s’aperçoit des aspects différents du bâtiment selon le point de vue que l’on prend. Sur l’avant de la ménagerie, la cour d’honneur, en retrait, est entourée de deux pavillons rectangulaires.

En revanche, à l’arrière, se trouve un pavillon octogonal ceinturé par des enclos adaptés à tous les types d’animaux. Le roi aime y se promener, notamment avec des femmes… La fabuleuse diversité d’espèces présentes attise la curiosité de tous.

En effet l’on peut admirer des grands oiseaux comme des pélicans, des casoars mais aussi des crocodiles, des éléphants et des chameaux. Certains enclos hébergent des espèces disparues de nos jours comme le Quagga.

Quagga, un équidé disparu, Nicolas Maréchal (1753-1802) | Domaine public
Quagga, un équidé disparu, Nicolas Maréchal (1753-1802) | Domaine public

Un écrin source d’importants progrès

Dès l’inauguration de la ménagerie, plusieurs scientifiques y viennent se nourrir l’esprit. On peut voir des chirurgiens, des taxidermistes… Aussi, des peintres s’inspirent du paysage pour leurs compositions qui, pour certaines, parent les murs des salons intérieurs. Grâce à la ménagerie, les savoirs scientifiques s’accroissent grandement. En effet les dissections pratiquées sur les cadavres permettent de mieux comprendre l’anatomie animale et de la comparer avec celle de l’Homme.

Les connaissances découvertes sont parfois diffusées lors de séances publiques. La dissection la plus connue étant probablement celle de l’éléphante de Louis XIV par Claude Perrault. Cadeau diplomatique du roi de Portugal.

Ces observations débouchent sur l’ouvrage « Mémoires pour servir à l’histoire naturelle des animaux » publié en 1671. Sous le règne de Louis XV, les dissections se poursuivent, les connaissances s’enrichissent et Georges-Louis Leclerc de Buffon, naturaliste français, publie, avec l’aide de Louis Jean-Marie Daubenton, médecin français, son ouvrage intitulé « L’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roi« . Cette encyclopédie, dont les ouvrages publiés s’étendent de 1749 à 1804, est une gigantesque avancée scientifique issue de l’esprit des Lumières.

Un véritable symbole de puissance monarchique

Outre son rôle scientifique et de divertissement, la ménagerie est évidemment un symbole devant mettre en exergue la puissance du roi. C’est pour cela qu’il ordonne à son ministre Colbert, de faire venir des animaux rares et exotiques par le biais de la Compagnie française des Indes orientales, dont l’objet est de concurrencer les compagnies étrangères.

La plupart des animaux arrivent sur le sol français par le port de Marseille. Cependant beaucoup d’entre eux périssent au cours du voyage. Colbert décide alors de privilégier la période estivale afin de faciliter le transport. Pour plus de diversité, il enjoint à un individu d’alimenter la ménagerie par le biais de plusieurs dizaines de voyages desquels il doit ramener des animaux encore plus « exceptionnels ».

En tant que vitrine du faste de la monarchie louis-quatorzienne, la ménagerie accueille les cadeaux diplomatiques comme des félins donnés par des princes arabes. La splendeur contagieuse du lieu entraine un grand mimétisme. En effet, à travers l’Europe, des tas de ménageries voient le jour. Comme au château de Chantilly en 1663 ou encore au palais du Belvédère de Vienne en 1716 ou bien alors au palais Het Loo au Pays-Bas en 1672. Versailles est à cette époque au cœur des attentions.

Le déclin du premier zoo de France

Au crépuscule du Grand Siècle, le roi-soleil vieillit et se lasse des animaux exotiques. Il fait restaurer la ménagerie en 1698, par l’architecte Jules Hardoin-Mansart, et l’offre à la duchesse de Bourgogne, épouse du dauphin, âgée de 13 ans. Elle aime y passe du temps et jouer à la paysanne. Cependant elle meurt en 1712 en pleine épidémie de rougeole.

Sous la régence, la ménagerie est laissée à l’abandon. Puis sous Louis XV, elle est également délaissée, les bâtiments décrépits sont sous la menace de la ruine. Les enclos, en piteux état, cèdent et les animaux vivent en liberté.

Après le souffle révolutionnaire, la grande majorité des animaux est vendue ou alors mangée. Le restant est transféré au Museum d’histoire naturelle.

Un véritable zoo de l’époque moderne

Comme énoncé précédemment, le pouvoir est entouré d’animaux exotiques depuis l’Antiquité. Cependant la ménagerie du château de Versailles est très novatrice en différents points. Le premier est celui de rassembler, dans un lieu fixe, les animaux qui étaient présents dans les résidences royales, mais de manière éparse. Le deuxième est de classer les animaux en fonction de l’espèce.

Aussi, le modèle élaboré par Louis Le Vau est imité dans toute l’Europe. Le roi-soleil a encore rayonné et a élevé la monarchie française au rang d’exemple.

Quelques liens et sources utiles

La ménagerie de Versailles, Gérard Mabille et Joan Pieragnoli, 2010, éditions Honore Clair

Louis Le Vau et les nouvelles ambitions de l’architecture française (1612-1654), Alexandre Cojannot, 2012, éditions Picard

Louis XIV, Jean-Christian Petitfils, 1995, éditions Perrin

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