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Olivier de Serres, le père de l’agronomie moderne

Considéré par beaucoup comme le père de l'agronomie, Olivier de Serres a consacré sa vie à l'étude de l'agriculture.
Le Château du Pradel à Mirabel - Auteur inconnu | Domaine public français
Le Château du Pradel à Mirabel – Auteur inconnu | Domaine public français

L’agronomie peut être considérée comme la science de l’agriculture en général – qui étudie les opérations de production et les personnes qui les mettent en œuvre. Si l’agriculture est le fondement même de toute civilisation sédentaire, c’est bien son étude scientifique qui permet de poser les premières pierres de la civilisation industrielle.

Sans science agronomique et systématisation de l’étude de l’agriculture, pas d’augmentation des rendements, pas de modernisation de l’agriculture. Pourtant, cette science est relativement récente, puisque les auteurs s’accordent à dater sa genèse au début du XVIIème siècle. C’est un certain Olivier de Serres, à travers son œuvre : « Théâtre d’agriculture et mesnage des champs« , qui en est à l’origine.

Une vie à comprendre l’agriculture

Olivier de Serres naît en 1539 d’une famille bourgeoise originaire du Vivarais. Son père a fait fortune dans le commerce, notamment de draps, et décède lorsqu’Olivier a 7 ans. Les origines sociales de sa famille lui confèrent une éducation privée importante, fortement imprégnée par le protestantisme.

Olivier de Serres - Issu de Henri Martin | US public domain
Olivier de Serres – Issu de Henri Martin | US public domain

Il a notamment l’occasion de voyager au cours de sa formation en Espagne, en Italie, en Suisse ou encore en Allemagne. Ces voyages lui permettent d’élargir sa vision et de quitter son village natal de Villeneuve-de-Berg.

Alors qu’il a tout juste 19 ans, Olivier de Serres fait l’acquisition du domaine du Pradel, un domaine comprenant des moulins et une centaine d’hectares, sur l’actuelle commune de Mirabel, en Ardèche. Ce site est aujourd’hui inscrit au titre des Monuments Historiques (au même titre que le palais idéal du Facteur Cheval, évoqué dernièrement) et labellisé Maisons des Illustres. Deux ans plus tard, l’agronome se marie à Marguerite d’Harcours, avec qui il a 7 enfants.

Désormais seigneur du Pradel, Olivier de Serres entame de nombreux travaux importants et innovants pour l’époque : drainage, irrigation, compostage des déchets, soufrage de la vigne ou encore l’abandon de la jachère. Cette dernière innovation témoigne de la volonté de remettre en question les croyances paysannes d’alors. En effet, il était de coutume de laisser les terres sans cultures en alternance. C’est notamment la base de l’assolement triennal, consistant à cultiver des céréales d’hiver la première année, des céréales de printemps la deuxième puis de laisser le sol libre la troisième année.

Olivier de Serres allonge au contraire ses rotations, introduit de nouvelles cultures comme le maïs, la betterave ou encore le tabac, afin de diversifier son assolement et ses revenus.

Olivier de Serres, un seigneur qui a l’oreille du roi

Parmi les travaux notables d’Olivier de Serres, ceux sur la soie sont remarqués et remarquables. Ainsi, en 1599 paraît La cueillette de la soye par la nourriture des Vers qui la font. Échantillon du Théâtre d’Agriculture d’Oliver de Serres Seigneur du Pradel.

Cet ouvrage fait écho jusque dans la cour du roi Henri IV, qui cherche alors des solutions pour diminuer le coût que la soie fait peser sur les dépenses du royaume. C’est le premier ouvrage d’Olivier de Serres, témoignant de sa volonté et de sa capacité à appréhender une filière dans son ensemble, et d’en rationaliser les fondements, tant naturels qu’économiques. C’est cette démarche, propre à la science agronomique, qu’il observe pour la publication de son ouvrage majeur : le Théâtre.

L’œuvre de la vie d’Olivier de Serres

Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs est aujourd’hui considéré comme le livre fondateur de l’agronomie. Dans ce manifeste, Olivier de Serres fait l’étalage de ses connaissances agronomiques basées sur son domaine du Pradel, mais également sur les récits des anciens et autres inspirations.

Pour lui, « le fondement de l’agriculture est la connaissance du naturel des terroirs que nous voulons cultiver », et cette connaissance passe par le triptyque « science, expérience et diligence ». La science correspond à la connaissance, l’expérience renvoie aux anciens, et la diligence à l’exécution de ces principes. L’auteur a réalisé tout au long de sa vie des tests de techniques, de cultures et de transformations qu’il a compilé dans son traité en autant d’observations comparées.

  1. Du devoir du mesnager
  2. Du labourage des terres
  3. De la culture de la vigne
  4. Du bétail à quatre pieds
  5. De la conduite du poulailler
  6. Du jardinage
  7. De l’eau et du bois
  8. De l’usage des aliments
Théâtre d'agriculture et mesnage des champs, réédition de 1663 - Alain Auzas | Creative Commons Attribution
Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, réédition de 1663 – Alain Auzas | Creative Commons Attribution

Le livre est divisé en huit lieux où sont analysées les différentes activités agronomiques, depuis la description et l’organisation du domaine jusqu’à la dépense des biens par le propriétaire :

Le Théâtre d’Olivier de Serres, un précis d’agriculture

Le premier lieu renvoie à une approche spatiale de la gestion du domaine, de connaissance de son milieu et d’affectation des terres. Cette approche caractérise aujourd’hui l’agronomie moderne dans sa mobilisation de l’échelle territoriale.

Le deuxième lieu confine à des éléments agronomiques à l’échelle de la parcelle, mettant au centre l’acte de travail du sol. C’est notamment dans ces chapitres que l’agronome remet en question l’assolement triennal afin de développer de nouvelles associations et rotations culturales, introduisant de nouvelles espèces végétales.

Le troisième lieu est majeur dans l’œuvre, et fait référence à la conduite de la vigne, mais également au vin. En ce sens, on retrouve des prémices de l’œnologie moderne dans ces lignes.

Le quatrième lieu permet une description des animaux d’élevages, notamment le bétail, sous une forme proto-zootechnicienne. Des techniques de pâturage associées à la conduite du bétail, comme l’usage de méteil, de mélange vesce avoine ou encore de légumineuses sont évoquées pour la première fois, et suggèrent une innovation intense au Pradel sur le sujet.

Le cinquième lieu détaille les conditions d’élevage des animaux de la basse-cour mais également de l’élevage de vers à soie. C’est ce lieu qui a donné lieu à de nombreuses éditions et qui a encouragé le roi Henri IV a implanter des milliers de muriers aux Tuileries.

Le sixième lieu est remarquable puisque c’est dans ces chapitres qu’est fait état pour la première fois d’un paragraphe sur la pomme de terre. Ayant trait au jardinage, ces parties sont les plus importantes de l’ouvrage.

Le septième lieu dévoile le plan d’irrigation mis en œuvre par l’agronome et détaille l’approche bassin versant mobilisée sur le domaine du Pradel.

Enfin, le dernier lieu attire le lecteur vers un changement d’échelle, de technique et de métiers, puisque l’auteur traite des sciences de l’aliment. L’objectif étant que chaque « mesnager » ait comme objectif de nourrir sa famille et ses serviteurs.

Conclusion

L’œuvre d’Olivier de Serres trouva un écho formidable à son époque et résonne aujourd’hui encore, bien qu’il n’ait probablement pas imaginé le développement fulgurant de l’agriculture lors du siècle dernier.

Le roi Henri IV se fit lire l’intégralité de l’ouvrage, et entre sa publication en 1600 et aujourd’hui, le texte a été réédité à 25 reprises, dont la dernière fois en 2001 aux éditions Actes Sud. Décédé en 1619 sur son domaine du Pradel, l’agronome laissa en héritage de nombreuses techniques et innovations, mais surtout une approche systémique de l’agriculture.

C’est à cet égard qu’il est considéré comme le père de l’agronomie moderne. Pourtant, il est difficile d’estimer la portée de son œuvre. Son essai reprenant probablement de nombreuses techniques anciennes où lui étant contemporaines, ce n’est pas aisé de trier les innovations dont il est réellement l’instigateur.

Ceci étant, ses travaux ont trouvé un regain d’intérêt à partir du XIXème siècle au sein des cercles de précurseurs de l’agronomie moderne, trouvant en Olivier de Serres une paternité naturelle.

Quelques sources et liens utiles

Jacques Caneill, 2020, L’œuvre d’Olivier de Serres : les prémices d’une agronomie qui n’a pas encore de nom, AES 10-2, 12p.

Danièle Duport, 2000, La « science » d’Olivier de Serres et la connaissance du «naturel», Réforme, Humanisme, Renaissance, 10p.

Olivier de Serres, Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, ed. Actes Sud

Conférence de l’académie d’agriculture, 2020, Olivier de Serres, ses recherches sur l’évolution et la science de l’agriculture.

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