Un meurtre dans les Alpes, le cas Ötzi

Accompagné d'un collègue, l'alpiniste Reinhold Messner, à droite, inspecte les reste momifiés d'Ötzi après sa découverte en 1991

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Ötzi est le nom donné à une momie d’un homme qui a vécu vers 3 300 avant notre ère, en Europe. La momie a été découverte en 1991 dans les Alpes de l’Ötztal – d’où son nom. Elle se trouvait sur le chemin de la traversée du Hauslabjoch, à quelques pas du refuge du même nom, à la frontière entre l’Autriche et l’Italie.

Ötzi est l’une des plus anciennes momies au monde, et ses restes ont fourni une mine d’informations aux chercheurs sur l’âge du cuivre et le mode de vie des populations vivant en Europe à cette époque. La momie a fait l’objet d’études approfondies et les chercheurs ont beaucoup appris sur le régime alimentaire d’Ötzi, ses vêtements, ses outils et d’autres aspects de sa vie.

La découverte du cadavre d’Ötzi

Helmut et Erika Simon, un couple de randonneurs venant de Nuremberg, découvrent fortuitement la momie, le jeudi 19 septembre 1991. Elle est révélée de la glace après qu’un vent de sable de type foehn ait fait fondre le glacier des Alpes de l’Ötztal. La première réaction des randonneurs est de croire à la découverte d’un cadavre d’alpiniste, il informe donc les autorités autrichiennes et italiennes.

Localisation d’Ötzi dans les Alpes

Le lendemain de la découverte, le vendredi 20 septembre 1991, une première tentative de dégagement est effectuée par les autorités. Malgré l’acharnement et les nombreux coups de burin, impossible de dégager le corps.

La mort d'Ôtzi au néolithique

Les tentatives de dégagements sont stoppées pour le week-end, mais des alpinistes un peu trop curieux se rendent sur le lieu de la découverte. Les restes archéologiques sont piétinés, détruits, brisés, c’est un véritable désastre pour la recherche.

Les autorités effectuent le dégagement du corps, devant les caméras autrichiennes, le lundi 23 septembre. La momie d’Ötzi est alors héliportée dans la vallée, avec des fragments de cuir, de la fourrure et des outils.

Une petite bataille de paternité a éclaté entre l’Autriche et l’Italie, la localisation exacte étant à la frontière entre les deux pays, chacun le considérant comme sa propriété. Après plusieurs analyses topographiques, les Italiens obtiennent définitivement la momie. Actuellement Ötzi est conservé au musée archéologique du Haut-Adige en Italie.

Caractéristiques d’un corps et d’une période

Les conditions climatiques dans les Alpes ont permis de congeler la momie et de lui faire traverser les âges dans un état de très bonne conservation, malgré les dégâts infligés durant le dégagement. La momie d’Ötzi est un homme d’environ 45 ans, mesurant entre 1,59 mètres et 1,65 mètres, d’un poids de 50 kilos.

Il a vécu à la fin de la préhistoire, pendant le néolithique. Cette période est marquée par une très grande utilisation du cuivre. Les hommes de cette région des Alpes, vivent dans de petits villages d’une trentaine de maisonnettes, au cœur des vallées. La population vit de l’élevage et de l’agriculture en grande majorité, mais participe encore à des activités de chasse et de cueillette.

L’homme est sculpté tel un chasseur cueillir typique de la période, avec de puissantes jambes, et un haut du corps développé. Il n’a pas les mains calleuses, typique d’un cultivateur. L’ensemble de ses dents est présent, il possède même les « dents du bonheur ».

Les théorie sur la mort d’Ötzi

La distance qui nous sépare d’Ötzi rend difficile la bonne compréhension de sa vie, et de son rôle dans le corps social de son village. Les théories ont été nombreuses, allant du berger à l’agriculteur égaré en passant par le marchand itinérant.

Les scientifiques ont fait évoluer l’histoire d’Ötzi en fonction des découvertes qu’ils ont réalisées. Ainsi, s’ajouteront en toile de fond, la vie d’un chaman, d’un prospecteur ou bien d’un guerrier. Malheureusement ces hypothèses oublient d’intégrer les outils découverts aux alentours de la momie :

  • Une amulette
  • des vêtements en fourrures
  • Une clé de portage
  • Un poignard et un fourreau
  • Une hache (en cuivre)
  • Un retoucheur silex
  • Un arc, un carquois et des flèches

Ces outils essentiels pour comprendre la vie d’Ötzi, compliquent encore davantage la reconstitution de sa vie, mais aussi de sa mort.

Mort d’un berger dans les montagnes alpines

Les premières hypothèses des chercheurs évoquent le fait qu’Ötzi ait été un berger, réalisant la transhumance de son troupeau dans les Alpes. Il aurait été emporté par le froid, une tempête ou se serait perdu dans les montagnes.

Cette hypothèse a rapidement été infirmée. Le sanctuaire de la momie ne comportait aucune trace d’un quelconque troupeau, que ce soit de la laine ou bien des excréments… De plus, des éléments dans ses affaires ne concordent pas avec le métier de berger, notamment la hache, l’arc et les flèches.

Une sépulture altérée avec le temps

Une théorie considère Ötzi comme un puissant de son monde. Les éléments de valeurs retrouvés aux alentours, notamment la hache de cuivre ou encore l’arc et les flèches poussent à affirmer cette hypothèse.

Ainsi Ötzi aurait été retrouvé non loin de sa sépulture, l’évolution du manteau neigeux aurait déplacé le corps et ses affaires. Elles auraient été placées, à l’origine, plus haut dans la montagne, sur un promontoire rocheux.

Un marchand ou forgeron itinérant

La vie d’Ötzi aurait pu être celle d’un forgeron, ou d’un guérisseur ambulant. Sa mort dans les montagnes aurait pu être provoquée après qu’il ait échoué dans un des villages de la vallée, le poussant à fuir ses anciens clients ou patients.

Cette théorie pourrait expliquer la présence de champignons médicinaux dans ses affaires, mais les blessures retrouvées sur le corps d’Ötzi se rapprochent plus de blessures de combat que de forge. Pour infirmer complètement cette proposition, l’étude de sa denture révèle une vie de sédentaire pour Ötzi.

Un combat fatal pour Ötzi

La momie d’Ötzi pouvait être également le reste tragique d’un combat entre deux clans. La mort au niveau du col laisse à penser que cet espace était une frontière naturelle pour deux clans. Le poignard d’Ötzi est en effet recouvert du sang de quatre personnes. La lame, très abimées, pourrait avoir subie d’intenses combats, finissant par la briser.

Néanmoins, l’état de son arc et de ses flèches rendent difficilement plausible cette histoire. Quel combattant partirait avec des flèches sans pointe en silex ? Est-il mort après son combat ? Se pourrait-il que les flèches soient abîmées par les combats ?

Une fin encore discutée et incomplète

La découverte en juillet 2001, par le radiologue Paul Gostnera, d’une pointe de flèche dans le corps d’Ötzi relance la recherche et les débats sur la vie de la momie. La majorité des hypothèses est infirmée, laissant s’ouvrir des hypothèses plus brutales et violentes.

L’histoire est encore à faire et la recherche continue son travail pour identifier le meilleur scénario entourant la fin d’Ötzi. Thomas Laurent, un vidéaste sur YouTube propose sur sa chaîne la reconstitution d’un des scénarios de la mort d’Ötzi, un véritable drame du néolithique, à découvrir !

Le corps d’Ötzi affaiblit par les maladies

L’évolution de la recherche a permis aux scientifiques d’en découvrir toujours plus sur la momie d’Ötzi. Dernièrement grâce à l’étude de son ADN, nous avons notamment appris qu’il avait les yeux bruns, une intolérance au lactose, mais aussi une prédisposition aux maladies cardio-vasculaires.

Ces informations viennent en complément des vestiges découverts sur la momie. Notamment les 61 tatouages, qui ont surement été réalisés dans un but thérapeutique, afin de soigner de l’arthrose. Cette pratique consiste à placer une poudre végétale sous la peau pour atténuer les douleurs, il y a des traces analogues ailleurs sur la planète de ce type de remède.

Une liste importante de maladies

L’analyse de ses cheveux et de ses poumons révèle qu’Ötzi est contaminé aux métaux lourds, notamment le cuivre, le manganèse, le nickel ou l’arsenic. Ces éléments dans ses poumons les ont noircis, et témoignent d’une vie de forgeron ou de fondeur de cuivre.

Ötzi est contaminé par le ver de Trichine et ses œufs, lui causant d’importantes douleurs régulières. La présence de champignons médicinaux de type Piptoporus betulinus trouve toute son explication, ils sont en effet connu pour détruire ce ver et ses œufs. Des traces de la bactérie Borrelia burgdorferi responsable de la maladie de Lyme ont été retrouvées dans le corps d’Ötzi.

Le corps d’Ötzi est cassé à de multiples endroits, notamment les côtes, signe d’une chute. Les côtes sont recalcifiées, mais certainement douloureuses. Une plaie récente, montre qu’il a été au centre d’une rixe, usant de sa main pour stopper la lame.

Une fenêtre sur le passé des Hommes

L’analyse du système digestif et notamment de l’estomac de la momie a permis de découvrir l’alimentation de nos ancêtres, notamment grâce à ses quatre derniers repas, encore présents et conservés.

Ainsi nous découvrons que ses repas étaient à base de céréales sauvages et domestiques, mais aussi de graisse animale, de viande de cerf ou de bouquetin.

Ötzi a également ingéré des pollens (de pins, d’épicéas et de feuillus), offrant des informations essentielles sur la route qu’il suivit pour se retrouver au niveau de la traversée du Hauslabjoch. De cette manière, il est possible de retracer les derniers moments de vie de notre ancêtre du néolithique.

Une histoire encore à écrire pour Ötzi

La recherche a avancé mais il est encore impossible de statuer sur la véritable histoire de cette momie. Considéré comme le plus vieux meurtre non élucidé, la momie d’Ötzi nous laisse un arrière-goût de tristesse, déjà il y a plus de 5 000 ans les hommes s’entretuaient…

Vous pouvez découvrir un film documentaire intitulé Ötzi, l’homme des glaces sorti en 2017 et réalisé par Felix Randau, qui raconte les derniers jours d’Ötzi.

Maintenant, c’est à vous ! Laissez libre cours à votre imaginaire et faites nous voyager, en nous racontant les derniers jours d’Ötzi dans les Alpes italiennes !

Quelques liens et sources utiles

L’image d’illustration de l’article a été réalisée par J. Daniel.

J. Dickson, K. Oeggl, L. Handley, « Qui était Ötzi, l’homme des glaces ? », in Les maux de nos ancêtres, Dossier « Pour la science », janvier-mars 2006

Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi : l’héritage néolithique, Gallimard, 2011

Paul Gostnera et coll., « New radiological insights into the life and death of the Tyrolean Iceman », Journal of Archaeological Science,‎ 17 août 2011

M. Janko, R. W. Stark et A. Zink, « Preservation of 5300 year old red blood cells in the Iceman », Journal of The Royal Society Interface,‎ 2 mai 2012

Klaus Oeggl et coll., « The reconstruction of the last itinerary of « Ötzi », the Neolithic Iceman, by pollen analyses from sequentially sampled gut extracts », Quaternary Science Reviews, vol. 26, no 7,‎ avril 2007

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.