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La guillotine : une avancée sociale ?

Au cours du temps, la peine de mort a pris plusieurs formes et a été pratiquée différemment selon les contextes sociétaux et les croyances.
Fin tragique de Louis XVI exécuté le 21 janvier 1793 sur la place Louis XV, gravure, auteur anonyme, vers 1788-1798 | Domaine public
Fin tragique de Louis XVI exécuté le 21 janvier 1793 sur la place Louis XV, gravure, auteur anonyme, vers 1788-1798 | Domaine public

Alors que la France est emportée par un vent révolutionnaire dévastateur, un nouveau moyen d’exécution commun voit le jour : la guillotine. Avant cela, le supplice variait selon l’origine sociale du condamné à mort et le délit commis.

Nous vous proposons ici de dresser un panorama de l’évolution de la peine de mort jusqu’à l’apparition de cette célèbre machine, surnommée « rasoir national », qui a profondément marqué les esprits.

Le supplice au Moyen Âge

Le Moyen Âge est souvent décrit comme étant une période sombre et barbare durant laquelle la peine de mort était fréquemment utilisée. En effet, à cette époque, elle faisait partie des châtiments que la justice appliquait. Cependant, en réalité, la peine capitale était peu souvent prononcée ; on préférait plutôt donner des amendes et des punitions contraignantes. Le roi graciait régulièrement les condamnés.

Lorsqu’une exécution avait lieu, elle était entièrement publique et le peuple y participait. Parmi les différentes méthodes d’exécution, la pendaison était très courante et souvent réservée aux voleurs et aux meurtriers. Le condamné, préalablement tué et vêtu d’une chemise, était suspendu au gibet jusqu’à ce qu’il se décompose. Dans l’esprit chrétien, cette mort était particulièrement redoutée puisqu’elle privait le corps d’une possible résurrection lors du Jugement dernier. De plus, l’exposition du corps sur le gibet provoquait l’infamie parmi les proches du supplicié.

Illustration représentant le gibet de Montfaucon issue du dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Eugène Viollet-le-Duc | Domaine public
Illustration représentant le gibet de Montfaucon issue du dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle – Eugène Viollet-le-Duc | Domaine public

Toutefois, ces exécutions, bien que très cruelles, ne survenaient que très rarement.

Comme nous l’avons énoncé précédemment, les amendes étaient bien plus courantes. On préférait couvrir d’opprobre et de déshonneur un condamné, en raison de l’omniprésence de la notion « d’honneur » dans la société médiévale.

Les amendes honorables avaient pour but d’éteindre la vengeance. Pour cela, les condamnés, la ceinture défaite, se mettaient à genoux et demandaient pardon aux familles des victimes.

Les mutilations et le bannissement étaient, eux aussi, d’autres formes de répression bien plus fréquentes que la peine capitale. On pouvait, par exemple, couper les oreilles d’un voleur récidiviste, ou trancher la main d’un traître. Ces punitions étaient régulièrement suivies d’un bannissement temporaire ou perpétuel.

Application des peines : entre théorie et réalité

En somme, il existait une multitude de peines précises selon le crime commis. La plus courante, comme nous l’avons précisé précédemment, était la pendaison. Mais il y avait également le bûcher, réservé aux sorciers et hérétiques. Le faux-monnayeur devait être bouilli, et le voleur, quant à lui, décapité…

Pourtant, la réalité demeurait différente. Beaucoup de crimes aboutissaient à des accords ou des transactions. Par exemple, un vol commis par absolue nécessité pouvait ne pas être puni. Il faut bien comprendre qu’au Moyen Âge, l’honneur était au centre de tout. Le déshonneur était vécu comme une infamie totale, chez les nobles comme chez les non-nobles. Certaines personnes demandaient même à transformer la peine de pendaison en noyade pour ne pas subir le déshonneur d’un corps exposé à la vue de tous. Cela s’explique aussi par l’extrême chrétienté de la société, selon laquelle un homme est « rachetable ».

En conclusion de cette première partie, la peine de mort était finalement peu appliquée. Le système judiciaire se construisait petit à petit. Les différends se résolvaient souvent à l’aide de la parole et de transactions, parfois même en cas de crime « extrêmement nécessaire ». Il était possible de tuer quelqu’un qui vous avait injurié, et de n’avoir aucune sanction par la suite. De plus, l’exécution capitale, lorsqu’elle était prononcée, n’aboutissait pas nécessairement. Si la foule manifestait son désaccord, la peine de mort pouvait ne pas être exécutée.

L’apparition de la guillotine

Nous avons vu dans la première partie que la mise à mort pouvait prendre de multiples formes. Mais à l’orée de la Révolution française, ces inégalités jusque dans la mort choquaient les esprits éclairés. En octobre 1789, le député Joseph-Ignace Guillotin proposa une réforme profonde du système pénal.

La décapitation fût le seul supplice adopté et qu’on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau. Le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit… Le criminel sera décapité ; il le sera par l’effet d’une simple mécanique.

Joseph-Ignace Guillotin
Pierre-Antoine Demachy (1723-1807); Une exécution capitale, place de la Révolution (Place de la Concorde), vers 1793. Huile sur papier marouflé sur toile, Musée Carnavalet | Domaine public
Pierre-Antoine Demachy (1723-1807); Une exécution capitale, place de la Révolution (Place de la Concorde), vers 1793. Huile sur papier marouflé sur toile, Musée Carnavalet | Domaine public

En 1791, le code pénal précisa cette modification. Les Hommes furent désormais égaux même devant la mort : un vrai progrès ! Il fallut maintenant concevoir une machine pouvant illustrer ces propos. L’on confia cette tâche à Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie. Pour appuyer l’exemplarité de la peine capitale, la machine fut réhaussée sur un échafaud. Et finalement, le 25 mars 1792, ironie du destin, le roi Louis XVI signa la loi faisant adopter l’utilisation de la guillotine pour tous.

Le 17 avril 1792 eurent lieu les premiers essais. Pour cela on se rendit à l’hospice de Bicêtre afin de « s’entrainer’ sur trois cadavres et des moutons. Ces expérimentations conduisirent le député Guillotin à perfectionner cette machine « à trancher des têtes ». Pour plus d’efficacité, il opta une lame en biseau au lieu d’une lame droite. De plus, la corde permettant d’actionner le couperet fut, elle aussi, remplacée par un ressort, plus simple et plus rapide.

Les ravages de la « trancheuse de têtes »

Au fil du temps, la guillotine, système conçu pour éviter la souffrance, devint un véritable instrument de terreur.

Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), médecin et homme politique français. Paris, musée Carnavalet | Domaine public
Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), médecin et homme politique français. Paris, musée Carnavalet | Domaine public

En août 1792, elle fut déclarée permanente, ne pouvant plus être démontée. Des copies furent alors transportées dans les quatre coins de la France.

Durant la Révolution française, plusieurs dizaines de milliers d’individus moururent sous les coups de cette machine infernale, y compris des personnalités célèbres telles que Louis XVI, Marie-Antoinette, Olympe de Gouges, Robespierre et bien d’autres encore.

Au cours du XIXe siècle, des centaines de personnes subirent également l’efficience du couperet. Au XXe siècle, plus de 450 personnes passèrent sur l’échafaud.

La dernière exécution publique eut lieu le 17 juin 1939. Lors de cette journée, une foule immense mirent à mal le travail du service d’ordre. Ce qui engendra la promulgation d’un décret stipulant que les exécutions « se feront désormais dans l’enceinte de l’établissement pénitentiaire« .

La guillotine : progrès social ou simple machine sanglante ?

Nous avons vu tout au long de cet article que la peine de mort a été utilisée différemment selon les époques, les situations sociétales et les croyances.

Peu fréquente au Moyen Âge, elle s’est élevée au rang de mesure égalitaire pendant la Révolution française sous l’influence des Lumières. Sa diffusion à travers l’Europe a mis en exergue la perméabilité des pays, à différents niveaux, face aux idées révolutionnaires. Les sensibilités changeantes au cours des siècles ont effacé la modernité initiale de la guillotine.

Elle a finalement été abolie en France le 9 octobre 1981.

Quelques sources et liens utiles

Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, 2018, éditions PUF

Sylvain Larue, Le couperet de l’éternité: Histoire de la guillotine, 2021, éditions BONNETON

Max Gallo, Révolution française, tome 1 et 2, 2010, éditions Pocket

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