Histoire du padel : du jeu de paume au phénomène mondial

D'où vient le padel ? Des cloîtres médiévaux du jeu de paume à l'invention mexicaine de 1969, retour sur la longue histoire des jeux de raquette jusqu'au boom actuel.
Joueurs de padel au Centro Desportivo da Madeira - Ugccp [Pseudo Wikipédia] | Creative Commons BY-SA 4.0
Joueurs de padel au Centro Desportivo da Madeira – Ugccp [Pseudo Wikipédia] | Creative Commons BY-SA 4.0

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Le padel est, ces dernières années, le sport qui monte le plus vite en France et dans le monde. On le croit souvent tout neuf, importé d’Espagne avec ses cages de verre et son ambiance conviviale. Pourtant, derrière cette modernité se cache une histoire bien plus longue qu’il n’y paraît. D’où vient réellement ce sport ? Et pourquoi ses murs, justement, nous ramènent-ils à une tradition française vieille de huit siècles ?

Pour le comprendre, il faut remonter bien avant 1969 et l’invention mexicaine du padel, jusqu’aux cloîtres du Moyen Âge. Car le padel n’est que le dernier maillon d’une très ancienne famille : celle des jeux de raquette, dont l’ancêtre commun est français. Entamons ensemble ce voyage, du jeu de paume médiéval jusqu’au phénomène planétaire d’aujourd’hui.

Aux origines : le jeu de paume, ancêtre de tous les sports de raquette

Avant le tennis, avant le squash, avant la pelote basque, il y eut la paume. C’est en France que naît, au Moyen Âge, le sport qui allait engendrer toute la lignée.

Un jeu né dans les cloîtres médiévaux

La légende veut que le jeu de paume soit apparu au XIIIe siècle dans l’esprit de quelques moines désireux de se dégourdir les jambes. Entre les murs du cloître, ils s’amusaient à se renvoyer un « éteuf » (une petite balle d’étoffe) à l’aide de la paume de la main. De ce geste vient le nom du jeu. Les premières traces écrites, elles, remontent au XIIe siècle.

Le vocabulaire de nos sports modernes en garde la mémoire. Le mot « tennis » dérive ainsi de « tenez », que le joueur lançait à son adversaire au moment de servir. De même, l’expression « épater la galerie » vient des spectateurs installés dans la galerie couverte qui entourait le terrain.

Courte paume et longue paume

Le terme « jeu de paume » recouvre en réalité deux disciplines bien distinctes :

  • La courte paume, pratiquée en intérieur, dans une salle à galerie que l’on appelait alors un « tripot » (le mot n’avait pas encore son sens péjoratif). On y jouait entre des murs, et les joueurs avaient le droit de reprendre la balle après son rebond sur les parois.
  • La longue paume, pratiquée en extérieur, sur des chemins, des places ou des prairies.

Retenez bien ce détail de la courte paume : le mur fait partie du jeu. Nous verrons qu’il s’agit, sept siècles plus tard, de la signature même du padel.

De la main nue à la première raquette

Au départ, on joue donc à mains nues, puis gantées de cuir pour limiter la douleur. Vient ensuite le battoir, une raquette pleine en bois, apparu au XVe siècle. Enfin, la première mention d’une véritable raquette cordée (en chanvre ou en boyau) date des environs de 1505. Le XVIe siècle, qui s’ouvre sur cette innovation, marque l’âge d’or du jeu de paume en France.

Estampe de joueurs de paume parisiens, au XVIe siècle - BnF | Domaine public
Estampe de joueurs de paume parisiens, au XVIe siècle – BnF | Domaine public

L’engouement est considérable. En effet, en 1596, le jeu de paume faisait vivre environ 7 000 personnes dans la seule ville de Paris (maîtres-paumiers, fabricants de balles, de filets et de raquettes). On doit aussi à ce jeu le comptage si particulier des points (15, 30, 40), repris tel quel par le tennis. Le sport devient même un acteur de l’Histoire : c’est dans une salle de jeu de paume qu’est prêté le célèbre Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789.

De la paume au tennis moderne

À partir du XVIIIe siècle, cependant, la paume décline. Elle renaît sous une forme nouvelle en 1874, lorsque le Gallois Walter Clopton Wingfield publie le premier règlement du lawn tennis, le tennis sur gazon. Cette fois, le jeu se pratique sur un court ouvert, sans murs. Le mur, héritage de la courte paume, disparaît. Cette filiation, de la paume à la terre battue, nous l’avons d’ailleurs racontée en détail dans notre article Du jeu de paume à Roland-Garros : l’histoire du tennis en France.

1969 : la naissance surprenante du padel

Voici le grand paradoxe de notre histoire. Près d’un siècle après que le tennis a supprimé les murs, un homme va les réintroduire et inventer, sans le savoir, un cousin direct de la vieille courte paume.

Une contrainte d’espace à Acapulco

Tout commence en 1969, à Acapulco, au Mexique. L’homme d’affaires Enrique Corcuera souhaite installer un court de tennis dans sa propriété, mais il manque cruellement de place. Plutôt que de renoncer, il transforme la contrainte en invention. Il trace un terrain réduit (environ 20 mètres sur 10) qu’il entoure de murs de 3 à 4 mètres de haut, pour empêcher les balles de s’échapper.

Restait à adapter les règles. Corcuera s’inspire d’autres dérivés du tennis joués sur petits espaces, comme le platform tennis américain, et prend une décision décisive : la raquette ne sera pas cordée, mais pleine et percée de trous. Le padel vient de naître. Et avec lui, le mur fait son grand retour dans les sports de raquette.

Le prince qui exporte le jeu (1974)

Ce jeu de jardin aurait pu rester une curiosité familiale. C’était sans compter sur un hôte de marque. En 1974, le prince Alfonso de Hohenlohe-Langenburg rend visite à son ami Corcuera et tombe sous le charme. De retour en Espagne, il fait construire les premiers courts européens au Marbella Club, où il partage sa passion avec la jet-set. Rapidement, de grands noms du tennis comme Manolo Santana s’y mettent, et les tournois se multiplient sur la Costa del Sol.

L’Argentine et l’Espagne s’enflamment

Le padel franchit ensuite l’Atlantique. Un riche ami de Hohenlohe, séduit lui aussi, rapporte le jeu en Argentine, où il deviendra un véritable sport national. En parallèle, l’Espagne s’équipe à toute vitesse. Les premières compétitions internationales sont organisées en Uruguay dès 1982, et la Fédération internationale de padel voit le jour en 1991 à Madrid, fondée par l’Argentine, l’Espagne et l’Uruguay. Le premier championnat du monde suit en 1992.

Le padel, un phénomène mondial

En quelques décennies, le jeu de jardin d’Acapulco s’est imposé comme l’un des sports qui progressent le plus vite sur la planète.

Des chiffres vertigineux

Le padel se compte désormais en millions de pratiquants. L’Argentine en revendique plus de quatre millions et l’Espagne plusieurs millions également, où il figure parmi les sports les plus populaires du pays. Dans les années 2010, le virus a gagné les voisins européens : France, Belgique, Italie, Angleterre. Une particularité amusante mérite d’être notée : contrairement au tennis, codifié par les Britanniques en pieds et en pouces, le court de padel est pensé en système métrique (20 mètres sur 10), trahissant ses origines hispaniques.

Les circuits professionnels

Côté élite, le paysage s’est récemment clarifié. Jusqu’en 2023, le World Padel Tour était le circuit de référence. Mais il a été absorbé par Premier Padel, créé en 2022 et soutenu par Qatar Sports Investments, devenu depuis le circuit mondial majeur. Un second circuit, l’A1 Padel (lancé en 2020), complète l’offre. Les quatre grands tournois, les « majors », se disputent à Doha, Rome, Acapulco et Paris. Le padel rejoint ainsi le cercle des sports à grand circuit international, à l’image de ce que nous décrivions à propos des tournois du Grand Chelem au tennis.

Vers l’olympisme ?

Le padel pousse désormais les portes du sport institutionnel. Il a fait son apparition aux Jeux européens de 2023 à Cracovie, et figurera aux Jeux asiatiques de 2030, à Doha. La discipline rêve ouvertement d’un destin olympique, dans la longue tradition d’évolution que connaissent les Jeux olympiques au fil des siècles.

Et la France dans tout cela ?

La France est longtemps restée en retrait, avant de rattraper son retard à une vitesse spectaculaire.

Un rattrapage express

Le tournant date de 2014, année où le padel rejoint la Fédération française de tennis (FFT). Depuis, la croissance est fulgurante. On compte aujourd’hui autour de 500 000 pratiquants (licenciés ou non), et le nombre d’infrastructures a explosé : environ 500 pistes en 2017, plus de 2 000 début 2024, et près de 2 700 à la fin de la même année. Le jeu séduit de nombreux champions de la raquette, comme Henri Leconte, Arnaud Clément ou Gaël Monfils. Signe ultime de reconnaissance, un major du circuit mondial se tient chaque année à Roland-Garros.

L’ombre au tableau : le bruit

Ce succès n’est pourtant pas sans tensions. En effet, le claquement sec de la balle sur les parois génère davantage de nuisances sonores que le tennis. Plusieurs installations ont dû fermer à la suite de plaintes de riverains (à Marseille en 2019, à Nice en 2025). Un accord conclu en 2023 impose désormais une distance minimale entre les pistes extérieures et les habitations. La rançon de la gloire, en quelque sorte.

La boucle est bouclée

L’histoire du padel ressemble à un curieux retour aux sources. Le tennis avait, en 1874, fait disparaître les murs de la courte paume pour ouvrir le court. Près d’un siècle plus tard, à Acapulco, un Mexicain à court de place les a tout simplement réinstallés. Ainsi, derrière ses vitres ultramodernes, le padel renoue avec une intuition née dans les cloîtres français du XIIIe siècle : faire du mur un partenaire de jeu.

Ancêtre médiéval, renaissance mexicaine, présent planétaire. Le plus jeune des grands sports de raquette est peut-être, au fond, l’un des plus anciens.

Quelques liens et sources utiles

Heiner Gillmeister, Tennis: A Cultural History, Leicester University Press.

« Le jeu de paume ou de courte paume », fiche d’inventaire du Patrimoine culturel immatériel, ministère de la Culture.

« Le jeu de paume, roi des jeux », dossier BnF Essentiels.

Fédération française de tennis (FFT), « L’histoire du padel » ; Fédération internationale de padel (FIP).

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