Le Chant des Africains, vestige de l’Empire colonial

Le chant des Africains, vestige de l'Empire français

Le Chant des Africains, un chant colonial français

Un héritage de la Première Guerre mondiale

Le Chant des Africains est initialement un chant composé par la Division marocaine pendant la Première Guerre mondiale, en 1915.

Sans entrer dans les détails, nous souhaitons néanmoins évoquer les grands traits de l’histoire de cette division. Composée pour la moitié des soldats européens (marsouins, zouaves et légionnaires puis d’une autre moitié par des soldats maghrébins), cette division fut levée pour combattre initialement sur le front français de la Première Guerre mondiale. La division s’illustre notamment pendant la bataille de la Marne en septembre 1914 et la bataille de l’Artois en 1915.

Tous les régiments de la Division marocaine (Régiment de marche de la Légion étrangère, le 4e régiment de tirailleurs tunisiens, le 7e régiment de tirailleurs algériens et le 8e régiment de zouaves) furent cités à l’ordre de l’armée, avec l’ensemble des drapeaux de la division décorés de la Légion d’honneur. C’est la seule division de l’armée française à obtenir cette dernière décoration pendant la Première Guerre mondiale.

Les paroles du Chant des Africains prennent tout leur sens quand on comprend pour quelle raison ils sont appelés à venir en France, loin du Maroc, de la Tunisie ou de l’Algérie. C’est aussi de cette manière, qu’on remarque l’importance du moment présent pour se mettre à composer un chant, parallèle évident avec La Strasbourgeoise, un autre chant militaire français.

Réinterprétation du chant par Félix Boyer

Le Chant des Africains est donc une modification de 1943 d’un chant plus ancien, par le capitaine Félix Boyer. Le chant est interprété sur l’hymne de l’Infanterie de marine. Les paroles proviendraient du commandant Reyhade, officier des tirailleurs marocains selon certaines sources ou du sergent Bendifallah et du tirailleur Marizot selon d’autres.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Félix Boyer est fait prisonnier par les Allemands, mais est rapidement libéré et envoyé à la disposition du général Joseph de La Porte du Theil en Afrique du Nord. À partir de là, il se voit affecté comme chef de la Musique régionale aux Chantiers de la Jeunesse d’Afrique du Nord française, puis de la musique du Gouvernement provisoire de la République française à Alger. Le Chant des Africains est rapidement adopté par l’armée d’Afrique qui en fait sa marche officielle. Le chant devient le symbole de la gloire des actions françaises de l’armée d’Afrique. C’est aujourd’hui un chant important pour la commémoration de cette guerre. Il est donc possible de l’entendre être chanté pendant les cérémonies militaires commémoratives de la Seconde Guerre mondiale.

Durant la Guerre d’Algérie, le Chant des Africains est repris par les Pied-noirs, et les partisans de l’Algérie française. Il a donc longtemps été mal vu par certaines autorités, étant considéré comme le chant de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS). Après l’indépendance de l’Algérie, les autorités algérienne ont interdit le chant, le considérant comme « séditieux ». Ce n’est qu’en 1969 que l’interdiction fut levée. Même en France, des interdictions ont été souhaitées. C’est notamment le cas dans le département des Hautes-Pyrénées en 2008, où le président local de l’Union nationale des combattants (UNC) a souhaité interdire le chant.

Les paroles du chant des Africains

La modification la plus importante entre les deux versions, est la modification du C’est nous les Marocains, par C’est nous les Africains. Une manière d’universaliser le chant, pour l’ensemble des troupes africaines combattant pour la France durant la Seconde Guerre mondiale.

Le chant est toujours d’actualité dans l’armée française, étant donné qu’il figure dans l’édition de 1985 du TTA 107 (le carnet de chants de l’armée) et que celui-ci n’a pas été renouvelé. Durant le défilé du 14 juillet 2013, l’armée malienne a défilé sur l’air de ce chant.

Le Chant des Africains est, avec la Marseillaise, le seul chant militaire qui se chante et se joue au garde-à-vous lors des prises d’armes.

Version du Chant des Africains en 1915

Nous étions au fond de l’Afrique
Embellissant nos trois couleurs,
Et sous un soleil magnifique,
Retentissait ce chant vainqueur :
En avant ! En avant ! En avant !

Refrain :
C’est nous les Marocains,
Qui venons de bien loin.
Nous v’nons d’la colonie,
Pour défen’le pays.
Nous avons abandonné
Nos parents nos aimées,
Et nous avons au cœur,
Une invincible ardeur,
Car nous voulons porter haut et fier
Ce beau drapeau de notre France entière :
Et si quelqu’un venait à y toucher,
Nous serions là pour mourir à ses pieds.
Roulez tambour, à nos amours,
Pour la Patrie, pour la Patrie
Mourir bien loin, c’est nous les Marocains !

Version revisitée par Félix Boyer

Nous étions au fond de l’Afrique,
Gardiens jaloux de nos couleurs,
Quand sous un soleil magnifique
A retenti ce cri vainqueur :
En avant ! En avant ! En avant !

Refrain :
C’est nous les Africains
Qui revenons de loin,
Nous venons des colonies
Pour sauver la Patrie (pour défendre le pays)
Nous avons tout quitté
Parents, gourbis, foyers
Et nous gardons au cœur
Une invincible ardeur
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière
Et si quelqu’un venait à y toucher,
Nous serions là pour mourir à ses pieds
Battez tambours, à nos amours,
Pour le Pays, pour la Patrie, mourir au loin
C’est nous les Africains !

Pour le salut de notre Empire,
Nous combattons tous les vautours,
La faim, la mort nous font sourire
Quand nous luttons pour nos amours,
En avant ! En avant ! En avant !

Refrain

De tous les horizons de France,
Groupés sur le sol Africain,
Nous venons pour la délivrance
Qui par nous se fera demain.
En avant ! En avant ! En avant !

Refrain

Et lorsque finira la guerre,
Nous reviendrons dans nos gourbis,
Le cœur joyeux et l’âme fière
D’avoir libéré le Pays
En criant, en chantant : en avant !

Refrain

Augustin. R

Ancien étudiant en histoire à l'Univers d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.

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