La Strasbourgeoise : la chanson de la revanche

Vestige de la Guerre fran-prussienne La Strasbourgeoise est un chant militaire de revanche

Un chant militaire de revanche

La chanson La Strasbourgeoise est composée après la terrible défaite française de 1870. La Prusse provoque la France, et après de multiples manigances géopolitiques, celle-ci entre en guerre. Se déclenche alors le 19 juillet 1870 la guerre franco-prussienne. Cette guerre se termine par la proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des glaces de Versailles le 18 janvier 1871, puis par la défaite française le 28 janvier de la même année. La France perd l’Alsace et la Lorraine ainsi que son statut de puissance incontestée en Europe et dans le monde. La défaite militaire, la revanche ou la résistance sont des thèmes forts des chants populaires ou militaires, c’est notamment le cas du Chant des partisans.

La Strasbourgeoise est composée pour le café-concert, avec les paroles de Gaston Villemer et Lucien Delormel, tandis que la musique est réalisée par Henri Natif. Initialement publiée sous le nom La Mendiante de Strasbourg, ou L’Enfant de Strasbourg dans le recueil Les chansons d’Alsace-Lorraine en 1885. Malgré le côté très patriotique de la chanson, celle-ci n’est pas intégrée dans les répertoires de chansons des soldats français. En effet, il n’y a aucune trace de La Strasbourgeoise dans les recueils de chansons de l’armée française avant la Grande Guerre.

Militairement, cette chanson est rapidement abandonnée après la Grande Guerre par les soldats, mais revient au goût du jour dans les colonies de vacances à partir des années 1960. Il faudra attendre les années 2000 pour qu’elle réintègre les recueils militaires français. Notamment avec la promotion des cadets de Saumur des élèves de la corniche du prytanée (2000 – 2001), suivie de la promotion d’officiers Vanbremeersch de l’ESM (2004) ou dans un carnet de chants du 43e RI en 2002.

Le chant est aujourd’hui bien différent de la version originale, en effet celle-ci est actuellement chantée a cappella, alors qu’auparavant elle était accompagnée de musique pour le caf conc’ (café-concert).

Il existe deux versions de La Strasbourgeoise, la version originale, puis la version militaire actuellement chantée.

Lyrics de La Strasbourgeoise

Version originale

La neige tombe au porche d’une église
Pâle et glacée, une enfant de Strasbourg,
Tendant la main, sur la pierre est assise
Et reste encore malgré la fin du jour.
Un homme passe, à la pauvrette il donne,
Mais elle a vu l’uniforme allemand,
Et repoussant aussitôt son aumône
À l’officier elle dit fièrement :

Gardez votre or, je garde ma souffrance.
Soldat, passez votre chemin
Je suis une enfant de la France.
Aux Allemands, je ne tends pas la main.

Mon père est mort sur vos champs de bataille.
Je ne sais pas l’endroit de son cercueil,
Ce que je sais, c’est que votre mitraille
M’a fait porter une robe de deuil.
Et qu’en prière à notre cathédrale.
Ma mère, hélas ! sous les murs écroulés
Tomba sanglante une nuit sur la dalle.
Frappée au cœur par un de vos boulets.

Vous m’avez pris, et famille, et patrie.
Votre or peut-être est rouge de leur sang.
J’ai tout perdu, si j’ai gardé la vie,
C’est que j’attends l’heure du châtiment.
Elle viendra, toute chaîne se brise
Mais s’il fallait vous mendier mon pain
J’aimerais mieux au seuil de cette église
Mourir un jour de misère et de faim. (Fin)

Version actuelle

Petit papa, voici la mi-carême,
Car te voici déguisé en soldat
Petit papa dis-moi si c’est pour rire,
Ou pour faire peur aux tout petits enfants ? (bis)

Non mon enfant, je pars pour la patrie,
C’est un devoir où tous les papas s’en vont,
Embrasse-moi petite fille chérie,
Je rentrerai bien vite à la maison. (bis)

Dis-moi maman quelle est cette médaille,
Et cette lettre qu’apporte le facteur ?
Dis-moi maman, tu pleures et tu défailles
Ils ont tué petit père adoré ? (bis)

Oui mon enfant ils ont tué ton père,
Pleurons ensemble car nous les haïssons,
Quelle guerre atroce qui fait pleurer les mères,
Et tue les pères des petits anges blonds. (bis)

La neige tombe aux portes de la ville,
Là est assise une enfant de Strasbourg.
Elle reste là malgré le froid, la bise,
Elle reste là malgré le froid du jour. (bis)

Un homme passe, à la fillette donne.
Elle reconnaît l’uniforme allemand.
Elle refuse l’aumône qu’on lui donne,
À l’ennemi elle dit bien fièrement : (bis)

Gardez votre or, je garde ma puissance,
Soldat prussien passez votre chemin.
Moi je ne suis qu’une enfant de la France,
À l’ennemi je ne tends pas la main. (bis)

Tout en priant sous cette Cathédrale,
Ma mère est morte sous ce porche écroulé.
Frappée à mort par l’une de vos balles,
Frappée à mort par l’un de vos boulets. (bis)

Mon père est mort sur vos champs de bataille,
Je n’ai pas vu l’ombre de son cercueil.
Frappé à mort par l’une de vos balles,
C’est la raison de ma robe de deuil. (bis)

Vous avez eu l’Alsace et la Lorraine,
Vous avez eu des millions d’étrangers,
Vous avez eu Germanie et Bohême,
Mais mon p’tit cœur vous ne l’aurez jamais,
Mais mon p’tit cœur lui restera français !

Augustin. R

Ancien étudiant en histoire à l'Univers d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.

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