L’histoire de la poste en France du XVe jusqu’au XIXe siècle

Un bureau téléphonique parisien au XIXe siècle, nouveau secteur pris en charge par la poste

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La poste est aujourd’hui un élément essentiel du transport du courrier en France, malgré une diminution de son activité avec l’arrivée des nouvelles technologies, le courriel supplantant le courrier, la poste connaît un regain d’intérêt grâce au développement du commerce en ligne. Des milliers de colis doivent être acheminé des quatre coins du monde, puis être livré aux internautes.

L’évolution de l’institution est rapide, l’obligeant à s’adapter aux nouvelles habitudes des consommateurs et à la mondialisation croissante de notre société. Initialement vue comme le glas du système postal, l’arrivée d’internet est un énième exemple de la capacité de cette institution d’innover et de se transformer, chose qu’elle fait depuis des siècles.

Le développement de la poste une histoire de pouvoir

La création d’un système universel et performant a toujours été un défi pour le pouvoir. En effet, pouvoir contrôler son royaume se fait par la capacité du pouvoir d’informer, d’ordonner et d’agir rapidement. Le fait que le système de messagerie royale ait longtemps été archaïque a rendu difficile la gestion du royaume de France, limité à un système féodal en vase clos. Le roi était obligé de déléguer son autorité à des seigneurs qui eux-mêmes déléguaient à des barons, etc.

La création des relais postaux

Longtemps accordé à l’édit de Lucheux (ou Luxies) de Louis XI en 1464, la poste n’est pas véritablement mise sur pied à cet instant, ce n’est qu’un service de messagerie royal temporaire et réservé. L’édit est de plus un faux, accordé à Louis XI au XVIIe siècle par un haut fonctionnaire de l’État. Nous ne développerons pas davantage, nous avons déjà évoqué ce sujet dans un précédent article : L’édit de Lucheux, un faux de Louis XI.

Louis XI n’est donc pas le créateur des relais postaux, ce système considéré comme précurseur de la Poste. Il met en place une structure qui est utilisée par la suite par cette institution. Ce système de relais, permet d’entretenir des chevaux, à la libre utilisation des chevaucheurs du roi, ce qui facilite considérablement les communications dans le royaume. À cette date le roi, puis les officielles du royaume peuvent jouir de ce service, le reste de la population doit utiliser le service de l’Université dit nuntii volantes. Un privilège que le pouvoir souhaite récupérer…

Modernisation du réseau sous Henri III et Henri IV

C’est sous le règne d’Henri III que le privilège de messagerie de l’Université est remis en question. Le roi souhaite faire payer l’institution une licence de messagerie. Celle-ci rechigne souhaitant conserver son privilège, mais par besoin d’argent le roi la condamne à de fortes amendes. En 1597, sous Henri IV dans une politique de réconciliation le privilège de messagerie est restitué à l’Université. Cette courte période de monopole de l’État introduit une volonté du pouvoir de contrôler, élément qui tend à se généraliser par la suite.

Toujours sous le règne d’Henri IV, Maximilien de Béthune, duc de Sully devient ministre. Henri IV le nomme à plusieurs postes stratégiques notamment au Conseil des Finances en 1596 puis, vers 1598 Surintendant des finances. Il participe activement à la modernisation du royaume, à la valorisation économique et financière de la France et surtout à l’expansion du domaine royal. En 1599, il est nommé grand maître de l’artillerie de France et grand voyer de France. C’est le deuxième poste qui nous intéresse, grâce à celui-ci Sully (nom qu’on lui donne) administre maintenant l’ensemble des voiries du royaume. Il lance de nombreux chantiers, les routes sont alors retracées, remblayées, pavées et rendues carrossables.

Sous son ministère, le nombre de relais postaux augmente. Les chevaux utilisés par les chevaucheurs du roi sont retirés des réquisitions, considérés maintenant comme propriété du domaine royal. Tous les chevaux sont marqués d’un H couronné et de la fleur de lis.

Richelieu le centralisateur au début du XVIIIe siècle

L’arrivée de Richelieu marque un tournant important pour le service des postes dans le Royaume de France. Ministre de Louis XIII, il participe activement à la politique de centralisation du pouvoir, autour de la ville de Paris. Il voit dans ce service un moyen de contrôle, d’influence et d’investigation, ainsi, il légifère sur de nombreux points pour rendre l’institution plus puissante et fonctionnelle.

Le 26 octobre 1627, il impose un tarif régulier pour l’ensemble des lettres, de cette manière il met un terme à la taxation arbitraire des commis. Un bon moyen pour rendre le service plus fiable et accessible. Cette uniformisation du tarif est suivie parallèlement d’une incitation à utiliser le service, notamment auprès des gouverneurs des provinces, qui sont invités à n’utiliser de messager qu’en cas d’extrême urgence. Sinon, ils doivent faire usage du service des postes.

Au cours de l’année 1630, il délimite le territoire français en vingt zones postales, dirigées par un administrateur, lui-même obéissant au surintendant général basé à Paris. Maintenant que le service est structuré, c’est l’ensemble de la population qui est invitée à utiliser le service de la poste.

En parallèle, il lance la création de six offices dédiées aux correspondances avec des royaumes étrangers, c’est un bon moyen de faciliter les échanges.

La mise sur pied d’une institution centralisée !

L’histoire de la poste n’est pas immédiate. Elle suit l’évolution des mentalités et des sociétés, bien des choses ont été instaurés en France pour que l’institution que nous connaissons aujourd’hui apparaisse. Les prémices lors de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne permettent de créer des bases solides et durables pour son émergence au cours du XIXe siècle. Du chemin est encore à parcourir, il faut rappeler qu’au XVIIe siècle, c’est le destinataire qui paye le port et non l’expéditeur…

La Ferme générale des postes

L’un des éléments constitutifs de la Poste est la création de la Ferme générale des postes, par le ministre de Louis XIV, Louvois en 1672. Cette ferme est accordée à Lazare Patin pour la somme de 1 200 000 livres. Cette nouvelle institution remplace la Poste royale alors en service et dépositaire des missions d’acheminement des correspondances et des hommes dans le royaume de France.

Le principe de la ferme est de permettre à un individu la jouissance d’une partie des revenus du roi, sous condition de prendre en charge une partie du rôle du roi. C’est une forme de privatisation temporaire des pouvoirs du roi, notamment liée à des éléments précis, comme le service de la poste, le recouvrement des impôts, etc. Le système des fermes est très mal perçu par la population, les hommes en charge des recouvrements récupèrent souvent plus que ce qu’ils ne doivent.

En 1673, un premier arrêt du conseil d’État vise à protéger les privilèges du fermier, qui est régulièrement contesté. Les deux arrêts du Conseil du Roi, du 18 juin et 29 juin 1681, stoppent la fraude aux droits du fermier, créant par la même occasion un quasi-monopole postal.

Le principal concurrent de l’institution officielle, le système de messagerie de l’Université est arrêté en 1719, lorsque les baux des messageries sont réunis par lettre patente.

L’arrivée du courrier chez soi ou presque

Le développement de l’institution des postes est effectif depuis plusieurs siècles, comme nous l’avons développé précédemment, mais il manque quelque chose d’essentiel, la distribution du courrier au sein même des villes.

À Paris par exemple, les échanges se font avec d’autres territoires du royaume et avec l’étranger, mais pas en intramuros. Aucune administration ne s’occupe de la distribution du courrier. Il faut faire appel à des petits laquais, des commissionnaires, mais qui coûtent cher rendant ce service prohibitif pour une majorité de la population.

En effet, les destinataires des lettres sont toujours obligés de se rendre en bureau de poste pour obtenir leur pli. Des tentatives sans succès jalonnent l’histoire de la distribution, notamment avec les boëstes en 1653, mais ce n’est que le 9 juin 1760 qu’un véritable service de distribution voit le jour.

Ce système est créé par Claude Humbert Piarron de Chamousset alors maître de la Chambre des comptes. Pour mettre en œuvre cette distribution il fonde la Petite Poste grâce à des lettres patentes du roi.

Le système fonctionne très bien, tellement qu’il s’exporte dans d’autres villes françaises, notamment Strasbourg, Bordeaux, Lyon ou encore Marseille. En 1781 la Petite Poste est assimilée à la Poste royale créant par la même l’institution que nous connaissons aujourd’hui, même si de nombreuses évolutions sont encore à venir.

Les changements apportés par la Révolution française

En 1790, après les mouvements révolutions lancés en juillet 1789, l’institution postale est transformée avec un sujet qui revient souvent, le respect de la confidentialité des correspondances. Un élément qui évolue en fonction des régimes politiques, mais qui marque véritablement une évolution des mentalités et des directives du pouvoir vis-à-vis de l’expression des citoyens français.

Le secret, un marqueur essentiel qui ne doit pas être violé

La politique de confidentialité apparaît en juin 1790, quand le Cabinet noir perd ses crédits. C’est l’Assemblée Constituante qui décide de supprimer cette institution de l’Ancien régime. Le Cabinet noir était un service de renseignements, qui avait pour mission d’intercepter des lettres, notamment d’opposants politiques, ou de diplomates.

Dans la même continuité, en août 1790, les employés des Postes doivent maintenant prêter serment de respecter le secret des correspondances qu’ils livrent aux quatre coins de la France.

L’année suivante, c’est un décret qui instaure le secret et l’inviolabilité des lettres. Ce décret est suivi en septembre de la même année, par un article qui punit la violation du secret des correspondances. Cet article est intégré dans le Code pénal proposé par l’Assemblée.

« Quiconque sera convaincu d’avoir volontairement et sciemment supprimé une lettre confiée à la poste, ou d’en avoir brisé le cachet et violé le secret, sera puni de la peine de la dégradation civique »

Article 638 du code des délits et des peines du 3 Brumaire an IV

Nouvel article relatif à la violation du secret des lettres, mis en place sous le Directoire. Une véritable politique de protection est menée que ce soit sous la République que les prémices de l’Empire. Néanmoins, le Cabinet noir même s’il n’existe plus a été remplacé par d’autres institutions, qui font le même travail…

Les différents décrets et articles protègent surtout les citoyens français. En mai 1791, un décret autorise la saisie et l’ouverture des lettres destinées à des émigrés. En janvier 1796, c’est un arrêté du Directoire qui ordonne la saisie des lettres en provenance ou à destination des zones occupées par les Chouans. Ce sont des insurgés royalistes de Bretagne, du Maine, de Basse-Normandie et du nord de l’Anjou pendant les guerres de la chouannerie.

Ainsi les lettres deviennent un élément essentiel pour mater les révoltes, mais aussi gagner la guerre de l’information entre deux belligérants. Faisant une différence entre les citoyens, entre ceux protégés par la loi et les autres…

La Poste, une institution difficile à organiser

Après la Révolution française les régimes successifs tentent d’organiser au mieux le fonctionnement de l’institution postale. En effet, la Révolution a aboli les charges royales. La Ferme générale des postes a été supprimée. Le service est maintenant réparti sur l’ensemble du territoire, avec environ 1400 relais postes et 16 000 chevaux pour assurer les liaisons quotidiennes entre les relais.

Entre avril et juillet 1793, il y a la mise en place de l’administration nationale des Postes et Messageries, avec la mise en place de neuf administrateurs pour organiser au mieux l’institution.

En juin 1794, la précédente administration est supprimée, remplacée par trois agences, une intitulée Postes aux lettres, l’autre Poste aux chevaux et la dernière Messageries.

Entre octobre 1794 et juin 1795, la loi supprime les entraves des messageries et permet à tout particulier de conduire des voyageurs, des ballots, des paquets et des marchandises alors réservées à l’État. La commission des Transports, Postes et Messageries est supprimée. Enfin, un arrêté supprime les agences des Postes et messageries pour les remplacer par une administration générale des Postes et Messageries.

En septembre 1797, un retour en arrière est effectué avec l’affermage de la Poste aux lettres. Le parallèle avec le système de la Ferme générale des Postes est simple, mais pas si éloigné. Dans le cadre d’un affermage un individu s’engage à réaliser une mission du service public, contre rémunération des usagers.

En décembre 1799, l’affermage est arrêté, pour être remplacée par une régie intéressée (un privé est en charge du service public, en somme la même chose mais sans le passif des mots) qui se compose de cinq administrateurs surveillés par un commissaire du gouvernement. De cette manière, la poste redevient un élément étatique. Avec un arrêté de décembre 1799 qui rend cette régie en situation de monopole grâce à la volonté du régime.

En mars 1804, la direction générale des Postes est créée par arrêté des consuls. Le 28 ventôse an XII, Lavalette devient directeur de cette nouvelle institution.

Le XIXe siècle marque l’accélération du système des postes

Au début du XIXe siècle, le territoire de la France s’agrandit, de nouvelles pratiques apparaissent, en somme l’institution doit pouvoir s’adapter pour répondre aux nouveaux besoins des usagers, mais aussi de l’État.

La Poste comme aujourd’hui ?

Le XIXe siècle marque des évolutions dans le service de la Poste, des éléments que nous pouvons retrouver aujourd’hui. C’est notamment le cas des lettres recommandées qui apparaissent en 1829, initialement utilisables que pour des destinataires parisiens, l’offre s’ouvre à tous les bureaux de poste le 1er septembre 1844.

Une autre problématique de la poste est l’impossibilité de livrer correctement le courrier, notamment à cause d’adresses incorrectes. À partir du 20 janvier 1819, une ordonnance prévoit le retour à l’expéditeur des lettres impossibles à livrer. Dans le cas contraire le contenu de la lettre peut être vendu au profit de la collectivité.

En 1849, les premiers timbres apparaissent permettant enfin de faire payer le service aux expéditeurs et non plus aux destinataires.

L’essor de nouvelles pratiques de transport

Avant 1794, le courrier de malle ne peut pas voyager avec des passagers à bord de sa charrette. Le transport était réservé aux dépêches. Les lettres étaient dans un coffre placé sur une brouette, une sorte de charrette à deux roues. Néanmoins la pratique évolue et à partir de 1794, le courrier de malle voyage de concert avec les particuliers.

« Ce peuple de courriers est une espèce d’hommes à part ; presque tous sont forts, alertes, de santé admirable, et loin que le mouvement continuel de leur métier les fatigue, ils y puisent un surcroît de vie. J’ai essayé de m’en rendre raison. Je remarque d’abord que le courrier ne trouve qu’assez peu de dépense intellectuelle à faire, ce qui ne contribue pas peu à la bonne santé et même au vrai bonheur : chez lui, le système gastrique joue le premier rôle, et comme ses facultés physiques s’exaltent par un exercice assidu, il boit, il mange, il dort, il fait tout mieux qu’un autre. Aucun rapport avec ses semblables qui ne soit de bienveillance ; il a mille occasions d’obliger, pas une de nuire ; il annonce de bonnes nouvelles, il console des mauvaises. Beaucoup de gens vont audevant de lui, il ne va au-devant de personne. Pas d’aurore, pas de printemps, pas de belle nuit d’automne qui soit perdue pour lui ; et s’il trouve encore la fortune à traverser une vie aussi complète, il ne faut pas s’étonner qu’une telle situation trouve bon nombre
d’amateurs… »

Les mots du directeur général des postes, le comte de Beugnot, dans ses Mémoires (1866) vis-à-vis des conducteurs de messageries.

Les véhicules utilisés par les conducteurs de messageries pour livrer les lettres sont nombreux : brouette, camion, carabas, carriole, carrosse, chaise, chariot, charrette, fourgon, guimbarde, guinguette, gondole, berline… Ils sont le plus souvent sur deux roues et tirés par des chevaux, le véhicule le plus populaire est la charrette. Le confort est spartiate et ne s’améliore pas vraiment avec le temps.

Une malle poste au galop
Une malle poste au galop, œuvre de Victor Adam, peintre et lithographe et graveur français (1839).

Les diligences connaissent un important essor au cours du XIXe siècle, mais sans gabarit spécifique, la diligence est initialement un véhicule pouvant circuler au galop. Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que des normes viennent uniformiser l’espace des diligences. Pensons notamment à la turgotine mise en place par le contrôleur des Finances Turgot, une diligence publique de 4 à 8 places tirée par 6 à 8 chevaux qui est connue pour son inconfort !

Le temps de trajet est raccourci grâce aux diligences, mais il est plus cher notamment pour les passagers. En 1820, plus de 20 000 diligences circulent en France. Pour obtenir encore plus de vitesse, il fallait utiliser les malles postes, qui arrivaient à concurrencer en rapidité les diligences, mais avait un coût prohibitif pour de nombreux français.

Le chemin de fer met à mal le transport sur longue distance par malle poste ou diligence, celui-ci étant bien plus rapide et efficace. Cette évolution de la pratique marque la fermeture définitive de la Poste aux chevaux et des relais de poste en 1873. Nous ne développerons pas ce sujet, un prochain article devrait arriver pour détailler l’histoire du chemin de fer au cours du XIXe et XXe siècles en Europe.

En 1870, durant le siège de Paris pendant la guerre franco-prusienne le service des postes réalisent les premières livraisons aériennes, grâce à des ballons et des pigeons voyageurs.

Quelques liens et sources utiles

Christophe Studeny, La révolution des transports et l’accélération de la France (1770-1870) In : De l’histoire des transports à l’histoire de la mobilité ?, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2009.

Patrick MARCHAND, Le Maître de poste et le messager, les transports publics en France au temps des chevaux, Paris, Belin, 2006.

Yves Lecouturier, Histoire de la Poste en France, Ouest France, 2011

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.