Ruth Bader Ginsburg, celle qui a changé le destin des américaines

RBG à la Cour suprême

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Entre héroïne, dissidente et femme d’exception

« Je ne réclame aucune faveur pour les personnes de mon sexe. Tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils veuillent bien retirer leurs pieds de notre nuque. »

Ruth Bader Ginsburg pour le documentaire « RBG » (Betsy West et Julie Cohen).

Alors que l’arrêt Roe v. Wade ne devient qu’un souvenir aux Etats-Unis, il nous paraît important de revenir sur la vie d’une femme qui a bousculé les codes. Ruth Bader Ginsburg, née Joan Ruth Bader, mais plus connue sous ses initiales RBG, est née le 15 mars 1933 à Brooklyn, New York et décédée le 18 septembre 2020. RBG était une avocate, juriste et juge, principalement connue pour son poste de juge à la Cour Suprême des Etats-Unis (1993-2020). 

RBG

Icône américaine, femme d’exception, héroïne, dissidente… voilà comment la qualifient ses supporters, qui l’ont même surnommée Notorious RBG (en référence au célèbre rappeur Notorious BIG – Notorious signifiant « célèbre »). RBG est connue pour ses prises de positions progressistes et féministes. Ses détracteurs, eux, la traitent de sorcière, de zombie, d’anti-américaine. Son principal ennemi n’est autre que le Président Trump. Etonnant. Pour certains, RBG a changé le destin des Américaines, et représente même l’incarnation moderne de la statue de la Liberté.

Un parcours à l’épreuve du sexisme

Fille d’immigrés juifs russes, RBG est encouragée par sa mère à suivre des études et décide de ne pas être réduite à être « exclusivement bonne épouse et bonne mère ». Elle intègre Harvard en 1956, pour suivre un cursus de droit, où 9 étudiantes seulement côtoient 500 étudiants. C’est d’ailleurs à ce moment-là que le doyen demandera à ces 9 jeunes femmes pourquoi elles souhaitent prendre « la place d’un homme compétent ». Tout au long de son parcours, RBG ne cessera de se heurter à un plafond de verre. Elle partira donc un temps en Suède, où elle aiguisera ses convictions féministes. 

Ruth Bader Ginsburg en 1948
Ruth Bader Ginsburg en 1948

Les premiers actes féministes de RBG

Lors de son retour aux Etats-Unis en 1970, RBG co-fonde le Women’s Rights Law Reporter, le premier journal américain à se concentrer exclusivement sur le droit des femmes. Elle participera par la suite à la fondation d’un projet pour le droit des femmes, le Women’s Rights Project, qui travaille sur des cas de discriminations sexistes, puis la section féministe de la fameuse Union Américaine pour les Libertés Civiles (ACLU). Sur 6 plaidoiries à la Cour suprême contre la discrimination sexiste, elle en gagnera 5. Enseignante en parallèle à l’Université Columbia, RBG co-écrit un ouvrage sur les discriminations sexistes et devient chercheuse au Centre pour les études avancées en sciences du comportement de l’université de Stanford.

Nomination à la Cour Suprême des Etats-Unis

En 1993, le président démocrate Bill Clinton la nomme à la Cour suprême, faisant d’elle la deuxième femme à être nommée à la plus haute instance du pays. Si elle est considérée comme modérée lors de sa nomination, par l’opinion publique, elle se déportera très rapidement sur la gauche, jusqu’à devenir la juge la plus progressiste du moment, notamment sur les questions d’avortement.

« La décision de porter ou non un enfant est centrale dans la vie d’une femme. Quand le gouvernement prend cette décision à sa place, elle n’est plus un être humain adulte à part entière, responsable de ses propres choix. »

RBG, à propos de l’avortement.

Lors de l’élection de Donald Trump en 2017, RBG est considérée comme « le dernier rempart » aux anti-IVG.

RBG et Bill Clinton
Ruth Bader Ginsburg et Bill Clinton.

Une disparition aux conséquences dramatiques

RBG se sera battue jusqu’au bout, infatigable, impossible à démotiver. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu de nombreuses critiques, qui s’inscrivent, selon moi, dans cette lignée de reproches sexistes. 

Les juges à la Cour suprême sont nommés par le président en exercice, et le sont à vie. RBG, malgré un cancer du pancréas, a refusé de démissionner pendant le mandat Obama. Or, si elle l’avait fait, elle aurait pu être remplacée par un juge partageant la lignée politique d’Obama. Étant physiquement et mentalement capable de continuer, elle a décidé de s’accrocher, coûte que coûte. 

La question est pertinente, et mérite d’être posée. Mais pourquoi la responsabilité entière d’un combat serait incombée à cette femme, et seulement elle ? Pourquoi devrait-elle faire l’effort de quitter ce poste qui lui a valu des années de combat acharné ? 

Notorious RBG.
Notorious Ruth Bader Ginsburg

Un juriste américain, Erwin Chemerinsky, a publié une tribune en 2014, intitulée « Tout dépend de Ginsburg ». Première chose, insignifiante pour certains, mais pas impertinente pour nous : Pourquoi la nommer Ginsburg (le nom de son mari), alors que l’entièreté de la planète l’a toujours nommée Bader Ginsburg, Ruth Bader Ginsburg ou RBG ? 

Deuxième chose, Erwin Chemerinsky est qualifié de visionnaire lorsqu’il déclare que « ce n’est qu’en démissionnant cet été [2014] qu’elle pourra garantir le fait qu’un président démocrate puisse lui choisir un successeur qui partage ses opinions et ses valeurs ». Pourquoi, une fois de plus, la responsabilité – et même la culpabilité, si l’on souhaite aller plus loin – est mise exclusivement sur les femmes ? Pourquoi ce prétendu visionnaire, et tous les autres d’ailleurs, n’ont-ils pas plutôt consacré leur temps à alerter sur les dangers potentiels d’un homme comme Trump ? Au lieu de qualifier RBG de « naïve », ou « d’égoïste ».

La question que soulève Chemerinsky mérite d’être discutée. Mais elle remet, une fois encore, la faute sur une femme, soi-disant responsable de la catastrophe liberticide en termes de droit des femmes qui se joue aux Etats-Unis.  

Les gens me demandent parfois : « Quand y aura-t-il assez de femmes sur le terrain ? ». Ma réponse est : « Quand il y en aura neuf ». Les gens sont choqués. Mais il y a eu neuf hommes, et personne n’a jamais posé de question à ce sujet.

Ruth Bader Ginsburg

Quelques liens et sources utiles

« Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des Etats-Unis, est morte à l’âge de 87 ans », Le Monde, 2020

Sandra Day O’connor, Ruth Bader Ginsburg, Noëlle Lenoir, Cahier du Conseil Constitutionnel, 5 novembre 1998

« Ruth Bader Ginsburg, juge regrettée de la Cour suprême américaine et dernier rempart aux anti IVG », Marie Claire, 2022

« Avortement aux États-Unis: l’erreur de Ruth Bader Ginsburg qui pourrait coûter cher », Slate, 2022

Shana P.

Diplômée en Relations Internationales et Stratégies Politiques, j'ai orienté ma carrière professionnelle dans les droits de l'Homme. Spécialisée sur le droit des femmes, j'espère vous faire découvrir des thématiques méconnues.