Les plans de Roosevelt durant la Grande Dépression

Roosevelt signe la loi sur la sécurité sociale, le 14 août 1935.

Un contexte économique particulier

Ce n’est pas toute la période qui nous intéresse, mais le travail de Franklin Roosevelt durant ses mandats présidentiels à partir de 1933.

La Grande Dépression est une grave dépression économique mondiale survenue entre 1929 et 1939, qui a débuté après une chute importante des cours boursiers aux États-Unis. La contagion économique a commencé vers le 4 septembre 1929 et s’est fait connaître mondialement lors du mardi noir, le krach boursier du 29 octobre 1929. Le choc économique s’est transmis à travers le monde, impactant les pays à des degrés divers. La Grande Dépression a été la crise économique la plus longue, la plus profonde et la plus étendue du XXe siècle et est régulièrement utilisée comme exemple de dépression économique mondiale intense.

Le 32e président des États-Unis

Franklin Delano Roosevelt était un homme politique et un avocat américain qui a été le 32e président des États-Unis de 1933 à sa mort en 1945. En tant que membre du parti démocrate, il a remporté un record de quatre élections présidentielles et est devenu une figure centrale dans les événements mondiaux de la première moitié du XXe siècle. Roosevelt a dirigé le gouvernement fédéral pendant la majeure partie de la Grande Dépression, mettant en œuvre son programme national du New Deal en réponse à la pire crise économique de l’histoire des États-Unis. En tant que leader dominant de son parti, il a construit la coalition du New Deal, qui a défini le libéralisme moderne aux États-Unis tout au long du tiers central du XXe siècle. Ses troisième et quatrième mandats ont été dominés par la Seconde Guerre mondiale, qui s’est terminée peu après sa mort.

Son discours à la radio du 7 mai 1933

L’extrait qui suit provient du livre de Franklin Delano Roosevelt, intitulé On Your Way, soit Sur la bonne voie en français. L’extrait est la version retranscrite du discours qu’il donne à la radio le 7 mai 1933. À la suite la version originale en version anglaise.

Extrait d’une discussion au coin du feu du 7 mai 1933

Version français par Pierre Dutray

Un dimanche soir, une semaine après mon inauguration, j’empruntai la T. S. F. pour vous parler de la crise bancaire et des mesures que nous allions prendre pour y faire face. Je crois qu’en agissant de la sorte j’ai jeté de la clarté sur différents faits qui, autrement, auraient pu être mal interprétés ; et, d’une manière générale, j’ai fait comprendre la situation au pays, ce qui a contribué, pour une grande part, au rétablissement de la confiance.

Ce soir, huit semaines plus tard, je viens, pour la seconde fois, vous faire mon rapport – dans le même esprit et de la même manière – pour vous entretenir de ce que nous avons fait et de ce que nous avons l’intention de faire.

Il y a deux mois, nous nous trouvions en face de graves problèmes. Le pays tombait à la ruine, pouce par pouce. Il se mourait parce que le commerce et l’industrie étaient tombés à un niveau dangereusement bas ; les prix de nos matières premières menaçaient de détruire la valeur de l’actif de nos établissements nationaux : banques, caisses d’épargne, compagnies d’assurance et autres instituts. Ces établissements, par suite de leurs besoins importants, opéraient des forclusions, réclamaient des emprunts, refusaoient de faire crédit. Il en résulta donc en fait que des millions de personnes furent menacées de perdre leurs propriétés, puisqu’elles avaient emprunté de l’argent sur ces propriétés avec des dollars qui avaient eu une valeur initialement différente de celle de mars 1933. Cette situation ne nous permettait pas des considérations compliquées sur les panacées économiques ou de combiner des plans de fantaisie. Nous nous trouvions, non pas devant des théories mais devant une situation concrète.

Il n’y avait que deux solutions : la première consistait à suivre la même voie, à permettre les forclusions, le retrait du crédit et la thésaurisation, à amener ainsi la liquidation et la faillite des banques, des compagnies de chemins de fer et d’assurances jusqu’à la capitalisation de toute l’économie et de la propriété à un niveau inférieur. Cette solution signifiait la continuation de la campagne de déflation dont le résultat immédiat eût été une misère extraordinaire pour tous les possédants, et, par voie de conséquence, une misère immense pour tous les salariés en raison de l’accroissement du chômage et d’une nouvelle réduction de l’échelle des salaires.

Il est évident que cette solution n’aurait pas eu seulement des effets d’ordre économique très graves, mais aussi des conséquences d’ordre social qui auraient causé un mal énorme. Même avant mon accession au pouvoir, j’étais arrivé à la conclusion qu’une telle politique aurait fait supporter au peuple américain une charge trop lourde. Elle aurait entrainé, non seulement une nouvelle dévalorisation des richesses représentées par les maisons, fermes, économies et salaires, mais aussi des pertes d’ordre spirituel, la perte de ce sentiment de sécurité pour le présent et l’avenir, si nécessaire à la paix et à la satisfaction de l’individu et de sa famille. Si vous détruisez ces valeurs, vous trouverez difficilement le moyen de rétablir toute confiance dans l’avenir. Il était évident qu’il ne suffisait pas, pour arrêter cette course à la ruine, de lancer de Washington des appels à la confiance et de prêter des sommes d’argent plus considérables à des établissements craquant de toutes pans. Il me semblait non seulement légitime mais encore obligatoire pour la sécurité nationale d’appliquer le plus rapidement possible un programme précis. Le Congrès, et quand je dis le Congrès, je parle des membres des deux partis politiques, comprit très bien la situation et me donna un appui généreux et intelligent. Les membres du Congrès virent clairement que les méthodes des temps normaux devaient faire place, en période de crise, à des mesures adaptées aux nécessités graves et impérieuses du moment. Il n’y eut pas à proprement parler d’abandon du pouvoir, le Congrès conserva encore son autorité constitutionnelle, et personne n’a eu le moindre désir de changer l’équilibre politique. La fonction du Congrès est de décider les mesures à prendre et de choisir l’instrument de ses volontés. Il a suivi étroitement cette politique. La seule chose qui s’est passée fut qu’il désigna le Président pour exécuter certaines de ses mesures. C’était conforme à la constitution et à la tradition du peuple américain.

La législation qui a été votée ou qui est en voie d’être appliquée peut-être raisonnablement considérée comme faisant partie d’un programme complet.

En premier lieu, nous fournissons du travail à 250.000 chômeurs, spécialement aux jeunes gens qui ont des charges. Ils se consacrent au reboisement et aux travaux contre les inondations. C’est une niche importante parce qu’elle comporte la nourriture, l’habillement et l’entretien d’un nombre de personnes, près de deux fois plus grand que celui des soldats de notre armée régulière. En créant ce corps civil, nous faisons d’une pierre deux coups. Nous rehaussons notablement la valeur de nos ressources naturelles et, d’autre part, nous soulageons un lot considérable de personnes qui se trouvent dans la détresse. Cet important groupe d’hommes s’est mis au travail volontairement ; il n’est pas soumis à un règlement militaire, et nous conservons non seulement nos ressources naturelles mais encore nos ressources humaines. Un des grands mérites de ce travail est qu’il s’accomplit directement et ne nécessite pour ainsi dire pas l’intervention des machines.

En deuxième lieu, j’ai soumis à l’approbation du Congrès des mesures que, par la suite, j’ai fait appliquer à savoir : l’exploitation des vastes propriétés du Gouvernement à Muscles Shoals que l’on a négligées pendant tant d’années de coûteuse inaction ; en outre, j’ai proposé un plan d’ensemble pour l’aménagement d’une grande partie de la vallée du Tennessee. Ces mesures augmenteront le bien-être et le bonheur de centaine de milliers de gens, et leur effet bienfaisant se fera sentir à la nation tout entière.

Ensuite, le Congrès va voter une législation qui libérera, en grande partie, de la misère de l’hypothèque les fermiers et les petits propriétaires de la nation, ceci grâce à une disposition qui allégera le fardeau des dettes qui pèse si lourdement sur des millions de nos compatriotes.

Une autre mesure immédiate est l’octroi d’un demi-milliard de dollars aux États, cantons et municipalités afin qu’ils puissent pourvoir aux besoins de ceux à qui un secours formel et immédiat est indispensable.

Le Congrès a aussi voté une législation autorisant la vente de la bière dans les États qui le désiraient. Il en est déjà résulté une reprise considérable du travail et par suite un accroissement du rendement de l’impôt, dont le besoin se faisait vivement sentir.

Nous avons l’intention de demander au Congrès une législation qui permettra au Gouvernement d’entreprendre des travaux publics, ce qui provoquera ainsi directement et indirectement une reprise dans beaucoup d autres domaines que nous avons soumis à un examen approfondi.

Une nouvelle législation a été promulguée qui pénètre plus avant dans nos problèmes économiques. La loi d’aide aux fermiers, le « Farm Relief Bill », cherche, par l’emploi de plusieurs méthodes isolées ou réunies, à accroitre le rendement des principaux produits agricoles, tout en s’efforçant de prévenir la surproduction désastreuse qui, si souvent dans le passé, a fait tomber les prix à un niveau bien inférieur à un rapport rationnel. Cette mesure prévoit l’octroi de pouvoirs étendus dans les cas critiques. L’usage qu’on en fera, dépendra uniquement de ce que l’avenir nous réserve.

Nous proposerons également des mesures de sauvegarde mûrement réfléchies par quoi nous tenterons de donner des salaires plus équitables aux ouvriers de l’industrie du pays et d’empêcher la concurrence déloyale, de nous opposer aux trop longues semaines de travail et, en même temps, d’encourager toutes les industries à éviter la surproduction.

Notre loi sur les chemins de fer rentre dans la même catégorie ; son objectif est de permettre aux chemins de fer, avec l’aide du Gouvernement, d’aménager et de mettre sur pied un plan bien arrêté qui supprimera les doubles emplois et les gaspillages, lesquels ont amené à l’heure actuelle la faillite de nombreux réseaux et des déficits continuels.

Je suis persuadé que les habitants de ce pays comprennent et approuvent les nouvelles mesures gouvernementales qui ont trait à l’agriculture, à l’industrie et aux moyens de transport. Notre production agricole dépassait notre consommation ; nous nous trouvions devant des excédents que les autres nations ne pouvaient acheter qu’à des prix désastreusement bas. Nos usines étaient en mesure de fabriquer plus de produits que nous ne pouvions en consommer, et, en même temps, les demandes de l’étranger baissaient. Il se faisait que nous disposions de plus moyens de transport des marchandises et des récoltes que nous n’avions de marchandises et de récoltes à transporter. Cette situation était due en grande partie à un manque complet de plan général et à une incompréhension totale du danger qui n’avait cessé de flotter dans l’air depuis la fin de la guerre mondiale. Les habitants de ce pays ont été poussés à croire – mais c’était une erreur – qu’ils pourraient continuer à accroître indéfiniment la production agricole et industrielle et que je ne sais quel magicien trouverait le moyen d’écouler ces produits, tout en laissant au producteur des bénéfices raisonnables.

Aujourd’hui nous sommes fondés à croire que les choses vont un peu mieux qu’il y a deux mois. L’industrie a repris, les chemins de fer transportent plus de marchandises, les prix des produits agricoles se sont améliorés, mais je ne me laisserai pas aller à lancer des proclamations d’une confiance débordante d’enthousiasme. Nous ne pouvons pas crier de nouveau à la prospérité. (…)

Franklin Delano Roosevelt – Discussion au coin du feu – 7 mai 1933 15 (Traduction de Pierre Dutray, extraite de l’ouvrage « Sur la bonne voie (On Our Way) » de F.D.R, 1934, éditions Denoèl et Steele.)

La foule devant la Bank of United States à New York après sa faillite en 1931.
La foule devant la Bank of United States à New York après sa faillite en 1931.

Version originale en anglais

On a Sunday night a week after my inauguration I used the radio to tell you about the banking crisis and the measures we were taking to meet it. I think that, in that way, I made clear to the country various facts that might otherwise have been misunderstood and, in general, provided a means of understanding which did much to restore confidence.

Tonight, eight weeks later, I come for the second time to give you my report in the same spirit and by the same means to tell you about what we have been doing and what we are planning to do.

Two months ago we were facing serious problems. The country was dying by inches. It was dying because trade and commerce had declined to dangerously low levels; prices for basic commodities were such as to destroy the value of the assets of national institutions such as banks, savings banks, Insurance companies, and others. These institutions, because of their great needs, were foreclosing mortgages, calling loans, refusing credit. Thus there was actually in process of destruction (property of millions of people who had borrowed money on that property in terms of dollars which had had an entirely different value from the level of March 1933. That situation in that crisis did not call for any complicated consideration of economic panaceas or fancy plans. We were faced by a condition and not a theory.

There were just two alternatives: The first was to allow the foreclosures to continue, credit to be withheld and money to go into hiding, and thus forcing liquidation and bankruptcy of banks, railroads and insurance companies and a recapitalizing of all business and al property on a lower level. This alternative meant a continuation of what is loosely called delation, the result of which would have been extraordinary hardship on all property owners and, incidentally, extraordinary hardships on all persons working for wages through an increase in unemployment and a further reduction of the wage scale.

It is easy to see that the result of this course would have not only economic effects of a very serious nature Dut social results that might bring incalculable harm. Even before I was inaugurated I came to the conclusion that such a policy was too much to ask the American people to hear. It involved not only a further loss of homes, farms, savings and wages but also a loss of spiritual values-the loss of that sense of security for the present and the future so necessary te the peace and contentment of the individual and of his family. When you destroy these things you will hind it difficult (c establish confidence of any sort in the future. It was clear that mere appeals from Washington for confidence and the mere lending of more money to shaky institutions could not stop this downward course. A prompt program applied d? quickly as possible seemed to me not only justified but imperative to our national security. The Congress, and when I say Congress I mean the members of both political parties, fully understood this and gave me generous and intelligent support. The members of Congress realized that the methods of normal times had to be replaced in the emergency by mesures which were suited to the serious and pressing requirements of the moment. There was no actual surrender of power, Congress still retained its constitutional authority and no one has the slightest desire to change the Dalance Of these powers. The function of Congress is to decide what has to be done and to select the appropriate agency to carry out its will. This policy it has strictly adhered to. The only thing that has been happening has been to designate the President as the agency to carry out certain of the purposes of the Congress. This was constitutional and in keeping with the past American tradition.

The legislation which has been passed or in the process or enactment can properly be considered as part of a well-grounded plan.

First, we are giving opportunity of employment to one-quarter of a million of the unemployed, especially the young men who have dependents, (o go into the forestry and flood prevention work. This is a big task because it means reeding, clothing, and caring for nearly twice as many men as we have in the regular army itsell. In creating this civilian conservation corps, we are killing two birds with one stone. We are clearlv enhancing the value of our natural resources and, second, we are relieving an appreciable amount of actual distress This great group of men have entered upon their work on a purely voluntary basis, no military training is involved, and we are conserving not only our natural resources but our human resources. One of the great values to this work is the fact that it is direct and requires the intervention of very little machinery.

Second, I have requested the Congress and have secured action upon a proposal to put the great properties owned by our government at Muscle Shoals to work after long years of wasteful inaction, and with this a broad plan for the improvement of a vast area in the Tennessee Valley.

It will add to the comfort and happiness of hundreds of thousands of people and the incident benefits will reach the enare nadon.

Next, the Congress is about to pass legislation that will greatly ease the mortgage distress among the farmers and the homeowners of the nation by providing for the easing of the burden of debt now bearing so heavily upon millions of our people.

Our next step in seeking immediate relief is a grant of half a billion dollars to help the states, counties and municipalities in their duty to care for those who need direct and immediate relief.

The Congress also passed legislation authorizing the sale of beer in such states as desired. This has already resulted in considerable reemployment and, incidentally, has provided much needed tax revenue.

We are planning to ask the Congress for legislation to enable the government to undertake public works, thus stimulating directly and indirectly the employment of many others in wellconsidered projects.

Further legislation has been taken up which goes much more fundamentally into our economic problems. The Farm Relief Bill seeks by the use of several methods, alone or together, to bring about an increased return to farmers for their major farm products, seeking at the same time to prevent in the days to come disastrous over-production which so often in the past has kept farm commodity prices far below a reasonable return. This mesure provides wide powers for emergencies. The extent of its use will depend entirely upon what the future has in store. Well-considered and conservative mesures will likewise be proposed which will attempt to give to the industrial workers of the country a more fair wage return, prevent cut-throat competition and unduly long hours for labor, and at the same time to encourage each industry to prevent over- production. Our Railroad Bill falls into the same class because it seeks to provide and make certain definite planning by the railroads themselves, with the assistance of the government, to eliminate the duplication and waste that is now resulting in railroad receiverships and continuing operating deficits.

I am certain that the people of this country understand and approve the broad purposes behind these new governmental policies relating to agriculture and industry and transportation. We found ourselves faced with more agricultural products than we could possibly consume ourselves and surpluses which other nations did not have the cash to buy from us except at prices ruinously low. We have found our factories able to turn out more goods than we could possibly consume, and at the same time we were faced with a falling export demand. We found ourselves with more facilities to transport goods and crops than there were goods and crops to be transported. All of this has been caused in large part by a complete lack of planning and a complete failure to understand the danger signals that have been flying ever since the close of the World War. The people of this country have been erroneously encouraged to believe that they could keep on increasing the output of tarm and factory indefinitely and that some magician would find ways and means for that increased output to be consumed with reasonable profit to the producer.

Today we have reason to believe that things are a little better than they were two months ago.

Industry has picked up, railroads are carrying more freight, farm prices are better, but I am not going to indulge in issuing proclamations of over enthusiastic assurance. We cannot bally-ho ourselves back to prosperity.(…)

Franklin Delano Roosevelt, On Your Way.

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Augustin.R

Augustin.R

Spécialiste des questions militaires contemporaines, ancien étudiant en Histoire à l'Université d'Angers. Je partage ici mes connaissances acquises auprès de spécialistes et d'experts universitaires 😃