Le donatisme, une branche du catholicisme

Photographie d'illustration pour le donatisme

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Le donatisme permet de modifier nos optiques, dans cette période éprouvée par les persécutions religieuses.

Le document que nous avons à étudier est un extrait de l’œuvre intitulée : « Passion dite de Donatus d’Avioccala », qui est aussi appelé « IV Idus Martii sermo de passione sancti Donati ep Abiocalensis » en français : Le 4 des ides de mars sermon sur la passion de saint Donatus, évêque d’Avioccala. Il s’intègre dans un recueil de textes donatistes : « Le dossier du donatisme ».  L’œuvre est un pamphlet[1] martyrologique[2].

Extrait de l’œuvre : Passion dite de Donatus d’Avioccala

« Voici qu’à l’exemple de la Passion du Seigneur une cohorte de soldats, fournie par les Pharisiens modernes, sort de son camp pour le meurtre des chrétiens. Contre des mains innocentes tendues vers le Seigneur, leurs dextres sont armées de bâtons, comme si l’on allait moins appeler martyrs ceux qu’on tuait, dans un massacre impie, non avec des épées, mais avec des bâtons.Quoique l’épée du tribun ait piqué la gorge honorable du très saint évêque de Sicilibba, même si elle n’y pénétra pas, la colère du diable dévoila alors ses ministres autant que la patience du glorieux prélat montra l’Eglise du Christ, parce que n’apparaissait comme serviteur du Christ Seigneur que celui qui souffrait ce qu’a souffert le Seigneur lui-même : « Le serviteur, est-il dit, n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ». Ils sont donc aveugles, ces « serviteurs de Dieu » (les partisans de Cécilien) que le monde aime : qu’ils montrent que le monde a aimé le Seigneur lui-même ! Mais si le monde n’aime que ceux qui lui appartiennent, il est nécessaire qu’il haïsse ceux que le Seigneur Jésus a choisis en les tirant du monde : « Si vous étiez du monde, dit-il, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis en vous tirant du monde, à cause de cela le monde vous hait ».Ainsi, le terme de cette haine a toujours été marqué par une effusion de sang, de même que maintenant on n’a pas scellé le pacte et la convention du crime autrement que par le sceau du sang, quand on a tué les yeux fermés des gens de tout âge et de tout sexe au milieu de la basilique : la basilique, dis-je, à l’intérieur des murs de laquelle on a tué et enseveli de nombreuses personnes, et là des inscriptions gardent à jamais le souvenir de la persécution de Cécilien, de peur que le meurtrier ne trompe d’autres hommes qui, un jour, ignoreraient l’acte accompli au nom de l’épiscopat. »

Passion dite de Donatus d’Avioccala, 6-8, trad. J.L. Maier, Le dossier du donatisme, I, p. 207-208.

Une œuvre contestataire à charge contre les membres de l’Église

Ce document condamne les agissements des autres membres de l’Église qui ne reconnaissent pas le donatisme. Les grands martyrs de cette communauté y sont présentés. L’ouvrage s’intègre complètement dans l’œuvre liturgique du donatisme, il répertorie les martyrs et permet ensuite de les célébrer. Ce document s’intègre également dans le style de la Passion du Christ, qui relate les souffrances et les supplices du Christ avant sa mort sur le chemin de la croix et sur la croix. Ce style est utilisé pour montrer les souffrances et les persécutions que subissent les donatistes. Cette œuvre est la retranscription d’un discours réalisé par un donatiste à une date de célébration de martyrs.

Une datation épineuse pour ce document à vocation religieuse

La datation du document est complexe, mais nous pouvons indiquer l’hypothèse de l’historien Paul Monceaux, qui considère que le discours a été réalisé dans les premières années de célébration des martyrs, c’est-à-dire dans les années 320. Jean Louis Maier évoque également la possibilité que l’œuvre, soit une œuvre composite, c’est-à-dire qu’un individu ait réalisé des modifications a posteriori pouvant donc décaler la date réelle du sermon. Dans tous les cas l’auteur précis de ce document n’est pas connu, il est possible que ce soit un donatiste témoin de la scène ou bien Donat le Grand selon toujours Paul Monceaux, qui s’occupait de la communauté dissidente à Carthage entre 313 et 347. La scène évoquée se déroulerait le 12 mars 317, quand les donatistes sont tués dans leur basilique lors d’une intervention pour les déloger. Le 12 mars étant la date anniversaire figurée dans l’en-tête « 4 des ides », soit le 12 mars. Cet événement se déroule dans un contexte tout particulier.

Les persécutions contre les chrétiens dans l’Empire romain

Avant l’arrivée au pouvoir de Constantin, l’Empire romain était touché par les grandes persécutions de Dioclétien contre les chrétiens. C’était une religion très minoritaire et marginalisée. Le 28 octobre 312 à la bataille du point Milvius Constantin défait Maxence un Auguste rival et prend possession totale de toute la partie Occidentale de l’Empire. Cette période de persécutions s’arrête avec Constantin qui souhaite la tolérance entre les religions. En 313, Constantin et Licinius les deux empereurs de l’Empire, adoptent l’Édit de Milan, qui permet la liberté de culte. Ainsi, dans la même cadre que le paganisme romain, le christianisme peut se développer. Pour autant cette nouvelle période de tolérance n’est pas sans désagrément sur les questions religieuses. Les grandes persécutions de Dioclétien ont marqué l’Empire et une catégorie d’individus est apparuen les traditores ou lapsis, des chrétiens qui ont abjuré afin de ne pas être persécutés. C’est-à-dire qu’ils ont accepté de brûler de l’encens, de faire un sacrifice, de livrer des livres sacrés ou bien de coopérer avec les autorités. Dans tous les cas ces individus posent problème aux chrétiens. Les premières oppositions apparaissent en 305, avec le schisme donatiste qui condamne ceux qui ont abjuré leur foi, pour éviter les persécutions. Ainsi dès la mort de l’empereur Maxence, un conflit éclate entre les « purs » et les « lapsis ». La situation se détériore encore plus en 311 avec la succession de l’évêque de Carthage.

La succession de l’évêque de Carthage comme toile de fond

L’évêque Caecilianus aussi dit Cécilien est nominé par Félix d’Abthugni et Mensurius. Ce dernier étant considéré comme un traditor la nomination est alors nulle et non applicable. L’évêque Donat le Grand et plusieurs autres évêques de Numidie nomment un évêque concurrent à Cécilien, Majorinus. Cependant à la mort de Majorinus, c’est Donat le Grand qui le remplace, véritable investigateur du donatisme. D’importantes contestations apparaissent, l’aide impériale est alors demandée pour régler le litige. C’est l’évêque de Rome, Miltiade, qui à la demande de Constantin, orchestre le Concile de Rome en 313. Durant le concile la décision de confirmer Cécilien dans son poste est prise. Donat le Grand est excommunié.

Évidemment, il n’accepte pas le verdict, il invoque une nouvelle fois Constantin. Un nouveau concile est réuni le 1er avril 314 à Arles pour délibérer. Le concile ne se limite pas exclusivement à résoudre cette question, néanmoins, il condamne une fois de plus le donatisme et confirme Cécilien. Le 10 novembre 316, l’empereur lui-même confirme Cécilien. Ainsi, l’évêque Cécilien a été confirmé trois fois par les autorités religieuses et l’empereur, mais pour autant les problèmes liés avec les donatistes persistent. En 317, l’empereur met un terme à la sédition lancée par les donatistes, en les punissant.

Une rupture totale avec les organes religieux et politiques

Les donatistes doivent rendre les églises et les biens qu’ils possèdent. Le donatisme devient une pratique interdite dans l’empire. Une importante répression se met alors en place, c’est ce que notre document évoque. Dans ses écrits, l’auteur commence par évoquer la répression violente subie par les fidèles, violentés par des hommes armés de bâtons. Ensuite, il explique que les partisans de Cécilien sont dans le faux, et ont une croyance erronée. Il termine son récit par les persécutions que les partisans de Cécilien ont commises contre des hommes, des femmes et des enfants dans une Basilique[3]. Cette partie est orientée sur la persécution menée par les partisans de Cécilien.

Ainsi, le document nous permet de poser la question suivante : « Comment ce récit donatiste nous livre leur vision, quant à la persécution subie et comment font-ils de cet événement un moyen de légitimer leur foi ? »


[1] Court écrit satirique, souvent politique, d’un ton violent, qui défend une cause, se moque, critique ou calomnie quelqu’un ou quelque chose selon le CNRTL.

[2] Liste de ceux qui ont souffert, sont morts pour une cause, selon le CNRTL.

[3] Dans l’Église catholique romaine, une basilique est une église jouissant d’un privilège. Ce terme est un titre honorifique donné par le pape à une église où de nombreux fidèles viennent spécialement en pèlerinage pour prier Jésus-Christ, la Vierge Marie ou encore les reliques d’un saint particulièrement vénéré, selon Wikipédia.

Bibliographie

Jean Louis Maier, Le Dossier du donatisme, Akademie-Verlag, 1987

Robert Turcan, Constantin en son temps : le baptême ou la pourpre, Faton, 2006.

Optatus, et Mireille Labrousse. Traité contre les donatistes, Cerf, 1995.

Marie-Françoise Baslez, Chrétiens persécuteurs : destructions, exclusions et violences religieuses au IVe siècle, Albin Michel, 2014.

Pierre Maraval, Constantin le Grand : empereur romain, empereur chrétien (306-337), Tallandier, 2011.

Paul Monceaux, « La littérature donastique, les ouvrages de Petilianus », Comptes rendus des séances de l’année – Académie des inscriptions et belles-lettres, 1906

Louis Duchesne, « Le dossier du donatisme », Mélanges d’archéologie et d’histoire, 1890

Pierre Maraval, « Chapitre premier. La crise donatiste : deux conceptions de l’Église », dans : Le christianisme de Constantin à la conquête arabe. sous la direction de Maraval Pierre. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Nouvelle Clio », 2005

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.