L’apparition des guides de voyage au cours du XVIe siècle

Malle-poste au relais, 1805, Victor-Jean Adam, d’après Jean-Antoine Duclaux 1817 – Lithographie

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Le niveau de service des auberges, des tavernes et des cabarets est déplorable. Les voyageurs et marchands se plaignent régulièrement de cette situation, et notamment des tarifs prohibitifs des repas et des nuitées. L’apparition des guides de voyage permet aux voyageurs et marchands d’obtenir des bonnes adresses et d’éviter de dormir dans un lit infecté de puces !

À l’époque médiévale, déjà des guides étaient réalisés, mais ils faisaient plutôt office d’itinéraires, sans conseils sur le logis, sur les risques liés à la faune et la flore. Il n’y avait pour ainsi dire que des informations sur les lieux saints qui jalonnent l’itinéraire.

L’apparition des guides de voyage

Les premiers vestiges historiques que nous avons à propos des guides de voyage, concernent le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Rome, notamment avec les ouvrages Les maravilles de Romme datant de 1519 et Peregrinatio in Terram Sanctam de Bernhardt von Breydenbach publié en 1486 – qui se place véritablement comme le précurseur de ce style. Le pèlerinage est important en Europe, des milliers d’individus se lancent sur les routes pour montrer leur foi ou espérer un miracle.

Plus récemment dans l’histoire, citons Le Guide des chemins de France, de Charles Estienne (1552) qui marque l’essor de ce type d’ouvrage, ainsi que son style. En effet, les informations doivent être concises, l’ouvrage pratique et le contenu encyclopédique. Son essor est rendu possible grâce à l’imprimerie. Ce type de guide s’éloigne des précédents très liés à la religion. L’idée ici est de décrire objectivement les parcours, les rencontres, les logis sans intégrer quelconque pensée religieuse.

Un augmentation du voyage en Europe

Le voyage connaît un essor important à la fin du Moyen Âge, le Grand Tour des élites, l’encouragement des pèlerinages, le commerce et la découverte de l’Amérique. Aussi, l’alphabétisation de la population européenne passant de 27% à la fin du XVIIe siècle à 45% à la fin du XVIIIe siècle permet à de nombreuses personnes d’utiliser les guides de voyage.

Le voyage dans un seul but

Pour le monde chrétien, le voyage doit répondre à un but, être accepté socialement. C’est notamment le cas pour les pèlerinages, le Grand Tour des élites ou le voyage du marchand qui quitte son foyer pour trouver des biens dont il ne dispose pas.

Ainsi, les guides du XVIIIe siècle (selon Goulven Guilcher) sont moralisateurs, pour éviter de faire voyager des individus qui n’ont pas de but. Les individus doivent rechercher le Salut, l’errance n’a pas sa place dans cet ordre sociétal bien établi par l’Église chrétienne.

Le guide et la relation, pour aider au voyage

Nous l’évoquions précédemment et c’est ce qui différencie le guide de Charles Estienne des précédents, c’est l’objectivité de la description du voyage. Aussi l’auteur se veut être neutre et factuel vis-à-vis des descriptions qu’il fait des lieux, des itinéraires, des informations et des conseils qu’il donne. Dans le cadre d’une relation de voyage, l’auteur donne son expérience et son expertise aux lecteurs. Il n’est pas question d’être neutre, mais bien d’affirmer des choses, tant sur les bonnes routes à prendre, que les lieux à éviter.

Dans ce domaine citons Voyage d’Italie curieux et nouveau de Jean Huguetan publié en 1681. L’auteur détaille son expérience sur le terrain, donne des avis et des conseils sur ce qu’il a traversé, vécu et aimé.

Le contenu des guides de voyage

Le contenu des guides de voyage est riche et permet aux lecteurs d’avoir une idée des choses à faire et à voir dans les régions que traite l’ouvrage. Il est possible d’avoir un panel de prix relatifs au coût d’une nuitée dans une auberge, le coût du repas ou encore le prix d’un cheval.

Les guides participent également à la bonne tenue des voyageurs en leur rappelant les règles en vigueur dans les territoires qu’ils traversent. Tout en évoquant les risques liés aux brigandages dans les contrées, les bonnes conduites à suivre en cas de mauvaises rencontres, mais aussi des règles liées à l’hygiène.

La sécurité passe également par l’aspect sanitaire : il est ainsi recommandé de jeter du savon dans l’eau – s’il ne se dissout pas, c’est qu’elle est insalubre. Il est également indiqué qu’il faut la filtrer à travers un linge très fin, y mêler du vinaigre ou du citron, ou même du pain grillé. Le meilleur moyen de la rendre potable étant de la faire bouillir. Il est précisé que l’eau dont la source est un marécage « est très mal saine ».

Pierre-Luc Marion dans son mémoire : Voyageurs et guides imprimés au cours de la période moderne (1672-1833),

Les guides offrent donc la possibilité d’éviter les mauvaises adresses, notamment en offrant des informations sur les repas, la qualité des lits ou encore l’accueil dans certains logis. C’est un point essentiel, qui est encore au cœur du fonctionnement des sociétés modernes grâce au système de notation Trust Pilot, Google Avis, etc.

Le guide de voyage un élément moderne

Aujourd’hui nous sommes toujours intéressés par les guides de voyage, qui permettent de nous prévenir sur les mêmes sujets, que ce soit le coût, les risques, la réglementation, les endroits à faire, etc.

Les guides les plus populaires en France sont notamment : Le Guide du Routard ou encore le Petit Futé.

Quelques liens et sources utiles

Daniel Roche, Les circulations dans l’Europe moderne (XVII-XVIIIe siècle), « Pluriel », Fayard, 2011.

Pierre-Luc Marion, Voyageurs et guides imprimés au cours de la période moderne (1672-1833), Université Lumière Lyon 2, 2018.

Augustin R.

Ancien étudiant en histoire à l'Université d'Angers, je vous partage sur ce site l'ensemble de mes travaux, connaissances et curiosités ! Je spécialise mes écrits sur les photographies historiques.