L’acculturation des Amérindiens par les pensionnats indiens

Les pensionnats Amérindiens en Amérique du Nord

Une réalité occultée, l’assimilation forcée des Amérindiens

Nous avons déjà traité du cas des Amérindiens sur notre site et de plusieurs manières, aujourd’hui nous publions un document qui présente le fonctionnement des pensionnats indiens. Cette pratique a été très courante durant la conquête de l’Ouest, puis lors de la stabilisation des États-Unis au sein même de ses frontières.

Un pays en mutation

La colonisation des Amériques par les Occidentaux a provoqué une importante hécatombe chez les peuples autochtones. Les maladies, les massacres, les guerres, ou encore l’esclavage ont été des moyens horribles de dominer ces peuples et de s’accaparer leurs espaces. Aux États-Unis, l’avance toujours plus à l’Ouest des colons réduit les terres des Amérindiens. Le choc est inévitable.

Cependant le souhait est formulé par le gouvernement de créer un programme d’acculturation, ce sont les pensionnats indiens.

Amérindiens et pensionnats

Le principe est simple, récupérer les enfants Amérindiens et leur offrir la possibilité de parler la langue des colons, de connaître leurs moeurs ainsi que de leur apprendre les rudiments d’un métier. Cette approche est extrêmement perfide, le gouvernement américain cherche à faire disparaître la culture amérindienne tout en s’offrant de la main-d’oeuvre pour des métiers comme domestique, mineur, ou encore agriculteur.

Un rapport sur les pensionnats par le vice-commissaire aux Affaires indiennes

Ce document n’est pas à prendre au pied de la lettre, la vision est biaisée, néanmoins c’est un bon moyen de se faire une idée de comment se voyaient les hommes et femmes en charge de cette mission civilisationnelle : Manifest Destiny.

Un pensionnat indien semblable à celui de Carlisle a ouvert ses portes cette année dans l’Oregon, à Forest Grave, à l’intention des Indiens de la côte pacifique. Il est placé sous la responsabilité directe du Lieutenant M. C Wilkinson et fonctionne depuis le mois de février. Il comprend deux bâtiments, qui peuvent accueillir cent cinquante élèves, et un troisième, qui devrait être divisé en ateliers, pour la formation à différents emplois. Ce dernier a été construit entièrement par de jeunes Indiens qui ont travaillé sous la direction d’un enseignant qui est du métier (…).

Les collèges de Hampton et de Carlisle comprennent aujourd’hui respectivement cent et quatre-vingt-seize élèves Depuis novembre 1878, cent trois élèves, venant de treize agences différentes, ont suivi l’enseignement du collège de Hampton. Le rapport de S.C. Armstrong, directeur du collège du Hampton Institute, témoigne de la bonne conduite générale des élèves, des progrès encourageants qu’ils ont faits dans l’apprentissage de la langue anglaise et des études anglaises élémentaires ainsi que de l’intérêt et des aptitudes qu’ils ont manifestés pour les travaux agricoles et les connaissances pratiques en matière de travaux domestiques [et] autres métiers (…).

Outre le bénéfice qu’en tirent les élèves qui y sont éduqués, la mise en place de ces écoles a suscité un grand intérêt pour la civilisation indienne parmi les citoyens charitables de l’est du pays, conduisant à de généreuses donations qui renforcent le soutien accordé aux élèves de Hampton et Carlisle et contribuent à leur bien-être et à leur bonheur. De plus, pendant les vacances d’été, quarante-huit garçons et filles de ces deux écoles ont été reçus dans plusieurs familles du Massachusetts et de Pennsylvanie, où ils ont pu acquérir une initiation individuelle à la gestion domestique, qu’aucune institution ne pourrait leur apporter, et se faire une idée concrète de la vie au sein d’un foyer civilisé. L’intérêt qui s’est manifesté en faveur du bien-être de la race indienne est considérable et ne fait que s’accroître, ce qui ne peut manquer d’influencer fortement et de façon bénéfique l’ensemble des activités concernant l’éducation et la civilisation des Indiens.

La rumeur qui prévalait au printemps dernier selon laquelle les enfants indiens étaient envoyés et retenus dans les collèges de Hampton et Carlisle contre la volonté de leurs parents était totalement dénuée de fondement. Au contraire, les parents indiens étaient désireux d’envoyer plus d’enfants qu’il n’était possible d’en recevoir et l’administration a été à plusieurs reprises obligée d’opposer un refus à la demande sincère des parents qui souhaitaient que leurs enfants soient éduqués à l’Est. Si les fonds mis à la disposition de l’administration le permettaient, le nombre d’étudiants à Carlisle et Hampton pourrait doubler immédiatement (…).

On a déploré quelques maladies et quelques décès parmi les élèves de Carlisle et de Hampton. Quand la première équipe d’experts a été sélectionnée pour la deuxième école, il a été impossible de procéder à un examen suffisamment approfondi des enfants et d’insister aussi vigoureusement qu’il eût été souhaitable sur l’exigence d’une santé parfaite. Dans la plupart des cas, les décès ont résulté des maladies contractées avant que les élèves ne quittent leur foyer. Maintenant tous les candidats aux collèges de Hampton et Carlisle sont soumis à un examen médical très approfondi et seuls ceux dont un médecin peut garantir qu’ils sont en parfaite santé sont acceptés (…).

Mais le nombre de ceux qui peuvent recevoir une éducation dans les collèges de l’Est ne représentera jamais qu’un infime pourcentage de la jeunesse indienne par rapport à l’ensemble de l’éducation qui peut être assurée par le gouvernement (…). Le coût d’une éducation dispensée loin de la famille sera un obstacle à la possibilité de faire profiter des avantages de ces écoles plus qu’un petit nombre d’enfants. Pour que ces dépenses conduisent aux résultats les plus tangibles, il conviendra donc de sélectionner les meilleurs éléments au sein des écoles des réserves ; ainsi, l’espoir d’être choisi pour recevoir cette formation particulière, en constituant une reconnaissance du mérite, constituera une stimulation pour les élèves des écoles des réserves et les incitera [à] faire preuve de sérieux et de persévérance dans l’étude et le travail.

En découvrir plus sur l’oeuvre originelle

« Le protection de la race indienne », Rapport de E-M. Marble, vice-commissaire aux affaires indiennes, 1er novembre 1880. US Statutes at large, 24, p. 388-91.

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Augustin.R

Augustin.R

Spécialiste des questions militaires contemporaines, ancien étudiant en Histoire à l'Université d'Angers. Je partage ici mes connaissances acquises auprès de spécialistes et d'experts universitaires 😃